mardi 26 janvier 2010

Le roi Baudouin (1930-1993)

Baudouin, Albert, Charles, Léopold, Axel, Marie, Gustave de Saxe-Cobourg-Gotha, prince de Belgique, comte de Hainaut (de 1930 à 1934), duc de Brabant (de 1934 à 1951), naît le 7 septembre 1930 au château du Stuyvenbergh. Suite au décès du roi Albert Ier en 1934, son fils Léopold monte sur le trône et Baudouin devient le nouveau prince héritier.

L'enfance de Baudouin est marquée par le décès de sa maman la reine Astrid dans un accident de voiture à Küssnacht en Suisse, et par la deuxième guerre mondiale. Lors de l'invasion de la Belgique par les Allemands en 1940, Joséphine-Charlotte, Baudouin et Albert sont emmenés en France et en Espagne, avant de revenir quelques mois plus tard au château de Ciergnon où ils poursuivent leurs études avec des professeurs particuliers. En juin 1944, la famille royale belge est déportée à la forteresse d'Hirschtein en Allemagne, puis en Autriche où ils sont libérés par les armées alliées. La Question Royale les oblige ensuite à vivre en Suisse de 1945 à 1950.

En août 1950, le roi Léopold III cède ses prérogatives constitutionnelles à Baudouin, qui n'a que vingt ans et aucune formation militaire et politique approfondie. Il est nommé prince royal et lieutenant général du royaume. Un an plus tard, Léopold III abdique et Baudouin devient le cinquième roi des Belges. Durant la première décennie de son règne, il montre clairement que prendre la place de son père est un réel sacrifice et il ne manque pas de lui rendre hommage dans ses discours. On le surnomme "le roi triste" car il ne sourit pas lors de ses apparitions publiques, excepté lors de son voyage triomphal au Congo en 1955. L'Exposition Universelle de Bruxelles en 1958 est une réussite et montre le prestige de la Belgique sur la scène internationale.

Au cours de l'année 1960, le Congo devient indépendant et le roi Baudouin fait un mariage d'amour avec Fabiola de Mora y Aragon, une aristocrate espagnole. Le couple n'aura pas d'enfants. Leurs qualités humaines les incitent à diminuer les fastes de la Cour et à s'intéresser aux plus vulnérables de la société. Fabiola crée le Secrétariat Social de la Reine et la Fondation Nationale Reine Fabiola pour la Santé Mentale.

Depuis la fin de la Question Royale, les tensions communautaires se multiplient : fixations de la frontière linguistique et de l'emploi des langues dans l'enseignement et l'administration qui confirment l'unilinguisme des régions (1962-1963), expulsion des francophones de l'Université de Louvain (1968), scission des partis traditionnels, etc. Les nationalistes flamands veulent limiter toute nouvelle expansion de la culture française en territoire flamand. Le déclin économique de la Wallonie contraste avec l'essor démographique et industriel de la Flandre. Au début des années 70, le monde politique reconnaît officiellement l'existence en Belgique de trois communautés culturelles (flamande, française et germanophone) et de trois régions économiques (Bruxelles, la Flandre et la Wallonie).

Soucieux de l'unité du pays, le roi Baudouin prononce un discours important en 1976 : "Lorsque les fondateurs de la Belgique indépendante choisirent notre devise, ils étaient tout à fait conscients de notre diversité et de la nécessité de notre cohésion. Ils avaient estimé que les régions, avec leur autonomie légitime, constituaient des éléments complémentaires dans un ensemble, et ne devaient pas se présenter comme des adversaires envieux. Ils savaient que fédérer, c'est unir dans la différence acceptée, et non pas dissocier dans l'affrontement".

A l'occasion de ses 25 ans de règne en 1976, le roi Baudouin refuse tout cadeau personnel et lance la Fondation Roi Baudouin qui a pour objectif l'amélioration des conditions de vie de la population et intervient dans de nombreux domaines (pauvreté, santé, traite des êtres humains, racisme, patrimoine, environnement, alphabétisation, etc).

La fédéralisation de la Belgique se poursuit. En 1980, des institutions régionales sont mises en place pour la Flandre et la Wallonie. Une nouvelle réforme de l'Etat en 1988-1989 élargit les compétences des régions et communautés, et donne à Bruxelles ses propres institutions. Les accords de la Saint-Michel en 1992 transforment la Belgique en un Etat fédéral et scindent la province du Brabant en deux.

Européen convaincu, le roi Baudouin se réjouit du choix de Bruxelles comme siège de la Commission Européenne et du Parlement Européen. En 1990, il refuse de signer la loi dépénalisant l'avortement. De nombreuses festivités populaires marquent son 60ème anniversaire et ses 30 ans de mariage en 1990, puis les 40 ans de son règne en 1991. La loi salique est abolie en 1991 dans l'ordre de succession au trône. A la fin de sa vie, le Roi s'implique dans la lutte contre la traite des êtres humains.

En vacances dans sa villa de Motril en Espagne, le roi Baudouin décède le 31 juillet 1993 d'une crise cardiaque. Il avait 63 ans. Les Belges lui rendent un vibrant hommage. Ses funérailles rassemblent de très nombreux chefs d'Etat et de gouvernement, dont la reine Elisabeth II d'Angleterre et l'empereur Akihito du Japon qui ne s'étaient jamais déplacés à l'étranger pour un enterrement. La cérémonie est marquée par le témoignage d'une prostituée rencontrée par le Roi quelques mois avant sa mort.

mardi 19 janvier 2010

"Les traumatisés du trône" (Mario Danneels)

En 1999, le jeune journaliste flamand Mario Danneels avait écrit une biographie de la reine Paola, dans laquelle il avait révélé en une seule ligne l'existence de la fille illégitime d'Albert II. Dans l'avant-propos de "Les traumatisés du trône", l'auteur explique avec franchise ses intentions :

"Le ton y est plus caustique que dans la biographie de la Reine, qui était un portrait objectif. Par la force des choses, cet ouvrage-ci est beaucoup plus subjectif et se base de temps à autre sur des suppositions. Mais nulle part il n'est fait violence avec préméditation à la vérité. L'usage d'une langue plus piquante est aussi un choix personnel et conscient : beaucoup trop de gens approchent la famille royale d'une manière tellement pâteuse, et parfois écoeurante, que cela ne fait que contribuer à l'aliénation de ses membres. Et c'est certainement la dernière chose dont la monarchie belge a besoin".

Mario Danneels n'épargne aucun membre de la famille royale ("la tribu la plus grotesque de Belgique" selon ses propres mots). Seules la reine Paola et la princesse Astrid ont droit à la bienveillance de l'auteur. Il accuse le roi Baudouin et la reine Fabiola d'avoir joué un rôle néfaste dans la vie de Paola durant les années 60 et 70, et reproche à Albert II de ne pas avoir assez soutenu son épouse à cette époque et de ne pas reconnaître aujourd'hui sa fille illégitime Delphine Boël. Mario Danneels se moque du "travail d'historien" de la princesse Marie-Esméralda et se demande pourquoi la princesse Claire a quitté son métier de géomètre.

Sur la reine Fabiola : "Si Fabiola devait, elle aussi, receler un mystère, celui-ci serait en tout cas moins difficile à percer : c'est, en effet, un miracle que quelqu'un pourvu d'une dévotion manifestement aussi extrême et qui multipliait les interventions dans les affaires non conformes à ses inclinations vaticanes soit parvenu à vivre à ce point en contradiction avec les valeurs chrétiennes, en diabolisant, en stigmatisant et en montant autant de gens les uns contre les autres. Si Laeken avait été une filiale de la basilique Saint-Pierre, alors la Reine n'aurait pas hésité à excommunier à vie Lilian et ses enfants, le prince Charles, Paola et Laurent".

Même si je n'ai trouvé aucune erreur, "Les traumatisés du trône" ne sera pas un ouvrage historique de référence (l'auteur reconnaît lui-même sa subjectivité). Mario Danneels insiste sur les défauts, les faiblesses et les failles des membres de la famille royale, sans évoquer leurs qualités et leurs actions au service de notre pays. Ce livre est cependant intéressant car il montre comment la monarchie est présentée par les médias flamands en 2007. Quand on lit le chapitre consacré au prince héritier Philippe (décrit comme un homme incapable et orgueilleux), on comprend pourquoi il n'est pas populaire au nord du pays... Mario Danneels vante cependant les qualités de la princesse Astrid et regrette que ce ne soit pas elle qui succède au sympathique Albert II.

Enfin, dans la postface intitulée "Un regard flamand sur la famille royale", l'auteur écrit : "Non seulement la famille royale est d'origine francophone, mais en plus, au cours de cette dernière décennie, elle a donné le sentiment d'avoir choisi, presque ouvertement, le camp des francophones et de se tenir sur ses gardes face à la communauté flamande. Par la force des choses, la Flandre se sent étrangère à sa famille royale. Elle lui tourne le dos parce qu'elle perçoit intuitivement que c'est ce que certains de ses membres ont fait à son égard".

Mario Danneels "oublie" d'écrire que pour la première fois dans l'histoire de la dynastie, le couple royal, ses enfants, beaux-enfants et petits-enfants parlent le néerlandais, et que le roi Albert II a une majorité de Flamands parmi ses proches collaborateurs. La jeune génération est scolarisée au collège Sint-Jan Berchmans (les enfants de la princesse Astrid n'ont même pas fréquenté un établissement francophone!). Quant à la princesse Mathilde, elle vient d'une famille originaire de Flandre occidentale et ses deux oncles ont fait de la politique au sein du CVP, le parti d'Yves Leterme...

mercredi 13 janvier 2010

Les 36 ans de la princesse Claire de Belgique

Son père Nicholas Coombs est né à Wimbledon en 1938. Après ses études au Collège St-George de Londres, il part, à l'âge de dix-huit ans, travailler pour la compagnie Bell Téléphone au Canada, et entreprend des études sur le caoutchouc et l'électricité. Cinq ans plus tard, rentré au Royaume-Uni, il travaille au sein de Lindustries Group of Companies.

En 1971, Nicholas épouse Nicole Mertens à Uccle en Belgique. Née à Ixelles en 1951, elle étudie en Belgique et en Angleterre, où elle termine sa formation de secrétaire en 1970. Le couple Coombs-Mertens s'installe outre-Manche où naissent leurs trois enfants : Joanna en 1972, Claire en 1974 et Matthew en 1976. En 1977, la famille revient en Belgique et emménage à Chaumont-Gistoux dans le Brabant wallon. Nicholas dirige l'entreprise familiale Nico à Perwez. Après avoir élevé ses enfants, Nicole est active dans la vie de sa paroisse et fait du bénévolat auprès des personnes âgées.

Claire - qui possède la double nationalité belge et britannique - naît le 18 janvier 1974 à Bath dans le Somerset en Angleterre. De retour en Belgique, elle effectue ses études primaires et secondaires à l'Institut de la Providence à Wavre. Durant ses temps libres, Claire s'intéresse au dessin, à la peinture, à la musique et à l'équitation. Elle participe aux activités d'un mouvement de jeunesse (les Guides) et d'une chorale locale, les Pious-Pious, avec laquelle elle chante lors de la visite du pape Jean-Paul II en Belgique. Sans oublier ses fréquentes visites à ses grands-parents paternels en Angleterre. A l'issue de ses secondaires, Claire entreprend des études de géomètre. Elle achève sa formation par un stage chez Brone et Oldenhove à Wavre, et obtient le titre de géomètre expert immobilier en 1999. Brone et Oldenhove lui propose ensuite de devenir membre associé. Claire parle le français, l'anglais et le néerlandais.

Son destin bascule lors de sa rencontre avec le prince Laurent en faisant la vaisselle chez des amis... Après leur mariage en 2003, Claire s'installe à la Villa Clémentine à Tervuren et s'habitue très facilement à sa nouvelle vie. Le couple a trois enfants : la princesse Louise, le prince Nicolas et le prince Aymeric. Lors des élections régionales et européennes du 13 juin 2004, la princesse Claire est choisie, parmi la liste des électeurs, pour être assesseur dans un bureau de vote de la commune de Tervuren et assume son devoir civique dans la bonne humeur.

Après la naissance de ses enfants, Claire abandonne son métier de géomètre. Elle est présente aux grands événements de la Cour mais, contrairement à ses belles-soeurs Mathilde et Astrid, Claire n'a aucun rôle officiel bien défini, ne donne pas d'interviews et ne prononce pas de discours. On peut juste noter que la princesse est la marraine de l'asbl De Gentse Barge et de la Rose Princesse Claire, une rose blanche créée par l'horticulteur Carl Van Sante. Elle accorde son Haut Patronage à la Brussels Chorale Society et au défilé de mode-vente aux enchères au profit de l'asbl Les Petits Riens.

La princesse fait un parcours sans faute depuis 2003 au sein de la famille royale. Elle semble s'entendre avec tout le monde. La reine Paola l'apprécie beaucoup. Astrid aurait dit qu'elle était "claire et limpide". Alors que le prince Laurent n'est le parrain d'aucun de ses nombreux neveux et nièces, son épouse est la marraine de la petite Eléonore, fille cadette de Philippe et Mathilde. On l'a également vue discuter en 2008 avec Delphine Boël et son époux lors d'une soirée.

Qu'elle soit en tenue décontractée ou en robe du soir, la princesse Claire est toujours très élégante avec une classe qui rappelle ses origines britanniques. La plupart du temps, elle fait confiance à Edouard Vermeulen de la Maison Natan, fournisseur breveté de la Cour. Mais elle aime aussi sortir de l'anonymat des couturiers belges moins connus comme Mademoiselle Lucien (lors de la fête nationale 2004) ou Stijn Helsen (lors de la fête nationale 2008). Le sac noir en forme de Belgique - prêté par la Maison Delvaux - qu'elle portait le 21 juillet 2008 n'est pas passé inaperçu. Il n'est pas rare non plus de voir Laurent et Claire à des défilés de mode (Chine Collection ou les couturiers Tim Van Steenbergen et Bernard Depoorter, p.ex.), ainsi qu'aux expositions organisées par la Maison Natan pour ses 20 et 25 ans.

Il faut aussi souligner l'attitude de la princesse lorsqu'elle accompagne son époux. Si Laurent est loquace et de bonne humeur, elle se montre discrète et le regarde amoureusement. Par contre, s'il est boudeur, Claire prend la relève, discute avec les gens et sourit aux photographes. La princesse a incontestablement été la meilleure alliée de son mari lors de la tempête médiatique autour du procès d'Hasselt en 2007.

A l'occasion de ses 35 ans en janvier 2009, la presse et les médias belges retracent son parcours sans faute et se posent une question : maintenant que ses trois enfants vont à l'école et qu'elle ne va visiblement pas reprendre sa carrière de géomètre, pourquoi ne voit-on pas plus souvent lors d'activités publiques? Message reçu par le Palais. La reine Paola - qui apprécie beaucoup sa belle-fille - décide de l'associer à ses visites culturelles. La complicité entre les deux femmes est évidente. Elle accompagne également la reine Fabiola et la princesse Mathilde au Concours Musical International Reine Elisabeth, et effectue ses premières sorties publiques en solo. La princesse Claire a eu 30 activités officielles en Belgique au cours de l'année 2009.

A lire également :
Nouveau livre sur le prince Laurent et la princesse Claire (http://familleroyalebelge.blogspot.com/2009/10/nouveau-livre-sur-laurent-et-claire-de.html)

samedi 9 janvier 2010

"De Cour à jardin : 30 ans au palais royal" (Claude de Valkeneer)

Né en 1922, docteur en droit, Claude de Valkeneer a été conseiller au palais royal pendant une trentaine d'années jusqu'à sa retraite en 1983. Mais il reste modeste : "Au fond, j'ai toujours été plus spectateur qu'acteur. J'ai joué un rôle secondaire, ce qui m'a permis de tout voir et de tout regarder sans être impliqué dans les responsabilités écrasantes qu'avaient parfois un Grand Maréchal et surtout un chef de cabinet".

Le titre et la couverture de cet ouvrage laissaient espérer un éclairage nouveau sur le règne du roi Baudouin, mais ce n'est pas vraiment le cas. Claude de Valkeneer reconnaît que "ces notes ont été écrites selon mon gré, de manière un peu décousue". Le premier chapitre évoque son enfance et sa carrière professionnelle. Il raconte quelques anecdotes sur le couple royal et un déjeuner en 1983 au domaine royal d'Argenteuil avec Léopold III et Lilian.

Claude de Valkeneer revient sur le mariage de Baudouin et Fabiola en 1960 : "Les futurs conjoints avaient une nature plus religieuse que politique. Sans doute furent-ils convaincus que d'un trône ils feraient, par l'exemple, plus largement rayonner leur foi que dans le cadre de leur pieuse situation antérieure. Presque mystique, ce fut un mariage de politique chrétienne". Il révèle : "Le roi Léopold III avait marqué une opposition formelle à une éventuelle présence du cardinal Suenens à tout service religieux à sa mémoire".

Septante pages du livre sont consacrées aux notes prises par Claude de Valkeneer lors des voyages d'Etat du couple royal à l'étranger. Mais les impressions personnelles du conseiller portent sur des détails et n'apprennent rien. Un exemple : "A la signature du livre d'Auschwitz, le Roi écrit quelques lignes surprenantes, voire incohérentes. Simonet est furieux. Doucement, j'improvise en soulignant qu'elles sont le reflet d'une vraie émotion". On reste sur sa faim car on n'en saura pas plus...

Après avoir évoqué Paul Delvaux, Ilya Prigogine et un couple d'amis de Vernet, Claude de Valkeneer consacre son dernier chapitre à la vieillesse, à la mort et au temps qui passe. Aucune référence au souverain. Le livre se termine par cette citation de Montaigne : "Je veux que la mort me trouve plantant mes choux nonchalant d'elle et encore plus de mon jardin imparfait".

Bref, je suis déçu par cet ouvrage qui ne m'a rien appris de nouveau sur le règne du roi Baudouin. J'ai le sentiment d'avoir été "trompé sur la marchandise" : la couverture et le titre ne reflètent pas le contenu du livre. L'écriture n'a pas été soignée ; cela ressemble à une compilation de notes anciennes.