mardi 27 septembre 2011

Le rôle politique du roi Albert II en 1994

Lors de son premier discours de Nouvel An aux autorités du pays en 1994, Albert II les invite à "rechercher les mesures qui peuvent contribuer à la réconciliation entre tous les citoyens dans le cadre de la pacification communautaire". Cette phrase faisant allusion à l'amnistie envers les collaborateurs de la guerre 1940-1945 fait grand bruit et suscite des réactions totalement différentes entre le nord et le sud du pays. Aussi ce dossier est prudemment remis dans les placards...

Contrairement à ses cinq prédécesseurs, le roi Albert règne sur un Etat fédéral dont il signe la nouvelle Constitution le 17 février 1994. Une des conséquences est l'affaiblissement du pouvoir royal. En effet, des compétences glissent au fil des ans vers les communautés et les régions, sur lesquelles le souverain n'a plus d'influence directe. Il n'intervient pas non plus dans la composition des gouvernements régionaux. S'adaptant à cette nouvelle situation, Albert II apporte sa contribution personnelle au "civisme fédéral" qu'il prône régulièrement dans ses discours. Il estime que le maintien de la cohésion et de l'unité du pays est désormais le rôle principal du roi des Belges.

Albert entreprend une tournée des cinq assemblées régionales de mars à juin 1994 : le Conseil flamand (22 mars), le Conseil général wallon (19 avril), le Conseil de la région de Bruxelles-Capitale (19 mai), le Conseil de la communauté germanophone (31 mai) et le Conseil de la communauté française (14 juin). Le Roi n'y prononce aucune allocution, mais participe à des réunions de commissions et rencontre les parlementaires.

Le 11 juillet, à la surprise générale, Albert et Paola assistent au marathon des Eperons d'Or organisé à Bruges à l'occasion de la fête communautaire flamande. Afin d'éviter les cris hostiles des nationalistes et républicains flamands, leur venue n'avait pas été annoncée. Les images du Roi fredonannt le Vlaamse Leeuw suscite de nombreuses réactions négatives au sud du pays. Le premier ministre Jean-Luc Dehaene déclara qu'il s'agissait d'une initiative du Palais, qui ne l'avait pas consulté. Mais il estimait que ce déplacement s'inscrivait parfaitement dans le prolongement des visites aux assemblées générales.

Dans son discours de la fête nationale 1994, Albert II déclare : "Lors de ma prestation de serment, j'ai demandé aux représentants de la Nation de traduire dans les faits les nouvelles institutions de notre pays et de les faire fonctionner au mieux dans un esprit de concorde, de bonne volonté, de tolérance et de civisme fédéral. Près d'un an après, je me sens encouragé par les réponses positives reçues à cet appel. Tout d'abord, j'ai été frappé par votre réaction à tous et à toutes. Aussi bien lors des funérailles de mon frère, que lors des Joyeuses Entrées dans le pays, j'ai senti concrètement votre attachement à la Belgique, votre volonté de vivre ensemble. Cette réaction spontanée du coeur et de l'intelligence constitue pour nous un très précieux encouragement pour favoriser l'union dans le respect de la diversité (...) J'ai aussi senti la volonté des représentants de chacune des entités de faire vivre nos nouvelles institutions au service du citoyen et de favoriser l'épanouissement de la personnalité propre de chaque région et communauté. La diversité bien vécue constitue une richesse pour notre pays".

En politique étrangère, c'est le Rwanda qui retient l'attention en 1994. Quelques jours avant l'horrible génocide perpétré par les Hutus sur les Tutsis, dix casques bleus belges, assurant la protection du premier ministre rwandais Agathe Uwilingiymana sont assassinés le 7 avril. La Belgique décide aussitôt le rapatriement de ses casques bleus et de ses ressortissants.

Nos souverains rentrent de leurs vacances de Pâques à Châteauneuf-de-Grasse pour réconforter ces Belges qui laissèrent tout au Rwanda pour retrouver la sécurité de notre pays. La princesse Astrid leur apporte également son soutien. Dans son uniforme de lieutenant-général des forces terrestres, le Roi, très ému, préside l'hommage militaire aux dix casques bleus et se fait représenter à leurs funérailles par ses aides de camp. En juin, Albert, Paola et leurs trois enfants rendent hommage aux casques bleus du Rwanda lors d'une cérémonie au Cinquantenaire et reçoivent au palais royal les bénévoles s'étant rendus utiles lors de l'évacuation de nos compatriotes. Autre hommage : lors de la fête nationale, la reine Paola choisit la veuve du lieutenant Thierry Lotin, l'un des dix casques bleus assassinés, comme dame d'honneur. En août, le prince Laurent se rend au Rwanda pour visiter le camp de réfugiés de Goma.

Dans son discours de la fête nationale 1994, le Roi déclare : "Au-delà de nos frontières, veillons à ce que l'Union Européenne devienne davantage une réalité (...) C'est indispensable pour combattre efficacement les effroyables atteintes aux Droits de l'Homme, où qu'elles se déroulent, qu'il s'agisse de la purification ethnique à nos portes en ex-Yougoslavie ou de l'horrible génocide perpétré au Rwanda. N'oublions pas les leçons de l'Histoire. Il y a 50 ans, les Alliés réunis et déterminés mettaient fin à un régime basé sur le racisme. Aujourd'hui, il nous faut rester vigilants et fermes pour faire progresser les Droits de l'Homme dans le monde. Je voudrais à ce propos rendre encore un hommage particulier aux militaires et aux coopérants belges qui sont morts au Rwanda, alors qu'ils oeuvraient pour la paix et le développement".

Lors de son voyage d'Etat en Espagne, le Roi évoque la construction européenne qui lui tient à coeur : "De nombreux défis nous attendent à présent, s'agissant tant de l'élargissement de l'Union Européenne que de son approfondissement. Des dates importantes sont fixées. Je pense en particulier à la conférence qui se réunira en 1996 pour revoir certaines dispositions du Traité de Maastricht, ainsi qu'à la mise en oeuvre progressive de l'Union monétaire, qui doit nous conduire à la monnaie unique européenne. Ces défis sont sans doute considérables. Je suis certain que nous continuerons à défendre les intérêts véritables de l'Union Européenne. Notre vieux continent subit ces dernières années de profonds bouleversements. Il a retrouvé sa vocation et sa capacité de libre détermination de son destin. Cette transformation a cependant entraîné, dans plusieurs zones, de nouvelles instabilités. Qui d'entre nous n'a pas devant lui les images des horribles souffrances des peuples de l'ex-Yougoslavie.

Au-delà des frontières de notre continent, des populations continuent à s'entredéchirer. Je pense en particulier aux horreurs commises au Rwanda. Force nous est donc de mesurer la modestie de notre action face à des tragédies de cette nature. Ainsi s'impose à l'Union Européenne le devoir de renforcer sa politique extérieure et de sécurité. La stabilité et la sécurité, mais aussi le respect des minorités, l'épanouissement des valeurs démocratiques et des droits de l'homme, où qu'ils soient menacés, forment l'essentiel de la responsabilité de la politique extérieure de notre Union".

Le 5 octobre, Albert II effectue sa première visite officielle au Grand Quartier Général des Forces Alliées en Europe (Shape) situé à Casteau en province du Hainaut. Il y est accueilli par le commandant suprême de ces forces, le général américain George Joulwan. Il visite également la Cellule de Coordination du Partenariat, qui coordonne les activités de coopération militaire entre l'Otan et les pays d'Europe centrale et de l'Est, qui ont adhéré au Partenariat pour la Paix.

Des élections communales et provinciales d'octobre 1994, on retient la progression de l'extrême-droite dans tout le pays, devenant même le premier parti à Anvers avec 28%. De nombreux incidents ont lieu lors de l'installation des conseils communaux et provinciaux : saluts nazis, insultes à la Belgique, au Roi et aux partis démocratiques, etc. Par ailleurs, à l'automne, le couple royal assiste aux fêtes de la région wallonne, de la communauté française et de la communauté germanophone. Le ministre des Affaires étrangères Willy Claes est nommé au poste de secrétaire-général de l'Otan, laissé vacant depuis le décès de l'Allemand Manfred Wörner. Cette nomination entraîne un jeu de chaises musicales. Willy Claes est remplacé par Frank Van den Broucke. Ce dernier laisse la présidence du SP à Louis Tobback, qui quitte le ministère de l'Intérieur au profit de Johan Van de Lanotte.

Accompagné du ministre des Communications Elio Di Rupo, le couple royal rehausse de sa présence le 13 octobre le voyage inaugural de l'Eurostar qui met Londres à un peu plus de 3h de Bruxelles-Midi. Lors de l'arrêt à Lille, ils visitent la gare de Lille-Europe et le complexe Euralille. Après leur périple en Eurostar, le Roi et la Reine sont accueillis à la gare londonnienne de Waterloo par le prince Andrew. Nos souverains prennent ensuite le thé avec la reine Elisabeth II à Buckingham, avant de regagner Bruxelles...par les airs.

Le roi Albert évoque le chômage dans son discours de Noël 1994 : "Je voudrais d'abord dire à tous ceux qui cherchent du travail et n'en trouvent pas : je comprends votre impatience et votre déception. Mais je voudrais aussi vous inciter aussi à ne pas perdre courage, à garder l'espérance. Nos raisons d'espérer sont réelles. Durant cette année, je me suis intéressé à de nombreux projets, où les responsables économiques et politiques mettent tout en oeuvre pour créer de nouveaux emplois. J'ai vu aussi les efforts réalisés en matière de formation. De plus, les signes de reprise économique se confirment. Aussi, à tous ceux qui pourraient être découragés, je voudrais dire : je comprends votre difficulté, mais gardez courage. Persévérez dans la recherche active d'un emploi".

lundi 19 septembre 2011

Le rôle politique du roi Albert II en 1993

En tant que nouveau souverain, la première décision d'Albert est d'opter pour la continuité et de conserver les mêmes collaborateurs que son frère : Gérard Jacques (Grand Maréchal de la Cour), Jacques van Ypersele de Strihou (chef de cabinet du Roi), le lieutenant-général Guido Mertens (chef de la Maison Militaire du Roi) et le général-major Vincent Pardoen (intendant de la Liste Civile). Il était important pour le nouveau roi d'avoir à ses côtés des personnes ayant la connaissance et l'expérience des rouages politiques belges. Précisons que le gouvernement fédéral n'intervient pas dans la nomination du personnel du Palais.

Le Grand Maréchal de la Cour est le coordinateur de l'agenda public des souverains, prépare leurs visites en Belgique et à l'étranger, ainsi que toutes les réceptions organisées au palais royal et au domaine de Laeken. Protocolairement, il a la préséance sur tout le personnel du Palais. Diplomate flamand et laïc, Gérard Jacques a été ambassadeur de Belgique en Corée du Sud, en Afrique du Sud et en Israël, avant d'entrer au service du roi Baudouin.

Le chef de cabinet du Roi est son collaborateur le plus important et est le seul dignitaire de la Cour à avoir une audience quotidienne avec le souverain. Il informe ce dernier de l'actualité politique belge et internationale, prépare les audiences, étudie les notes des cabinets ministériels et du parlement, rédige certains discours du Roi et est régulièrement en contact avec le monde politique.

Le néerlandophone et très catholique Jacques van Ypersele de Strihou occupait le poste de chef de cabinet du roi Baudouin depuis 1983. Auparavant, il travailla au Fonds Monétaire International à Washington et fut ensuite président du Comité Monétaire Européen, conseiller de trois ministres belges successifs des Finances (André Vlerick, Willy De Clercq et Gaston Geens), inspecteur général de la Trésorerie belge, chef de cabinet adjoint du premier ministre Léo Tindemans et conseiller économique du premier ministre Wilfried Martens.

La Maison Militaire du Roi informe le souverain de l'état des forces armées belges et étrangères, des projets du ministre de la Défense, des décisions prises à l'Otan, et prépare les activités du Roi dans le domaine militaire. Les aides de camp et officiers d'ordonnance font aussi partie de la Maison Militaire, qui est dirigée par le lieutenant-général Guido Mertens. Ce dernier est entré au Palais en 1981 comme chargé de mission du jeune prince Philippe, puis fut aide de camp du roi Baudouin.

Depuis février 1992, le général-major Vincent Pardoen était l'intendant de la Liste Civile. Il gère les budgets de fonctionnement du Palais, signe les contrats avec les fournisseurs brevetés de la Cour, siège au conseil d'administration de la Donation Royale. Il arrive qu'il soit aussi chargé de l'administration des biens privés de la famille royale.

Si la nomination des collaborateurs du souverain est un subtil équilibre entre les courants politiques et religieux entre Flamands et Wallons, on remarquera que l'alternance entre homme et femme n'avait pas encore été appliquée pour les quatre Hauts Dignitaires de la Cour, les aides de camp et officiers d'ordonnance.

Le lendemain de son accession au trône, Albert II reçoit en audience le président du Sénat Frank Swaëlen, le président de la Chambre Charles-Ferdinand Nothomb et le premier ministre Jean-Luc Dehaene. Comme le veut la coutume, celui-ci lui présente la démission de son gouvernement. Le Roi la refuse. Durant l'après-midi, les gouvernements fédéral, régionaux et communautaires, les hautes autorités judiciaires sont conviés à une réception au palais royal. Albert et Paola regagnent ensuite leur résidence de Châteauneuf-de-Grasse dans le sud de la France.

A son retour de vacances, le Roi accomplit son premier geste politique le 6 septembre en acceptant la démission de Mieke Offeciers, ministre du Budget. Elle est remplacée par Herman Van Rompuy qui prête serment devant Albert II. A nouveau roi, nouveau style. S'il souhaite s'inscrire dans le sillage de son frère défunt, il impose cependant son style. Les hommes politiques sont ainsi surpris de ne plus être reçus derrière l'austère bureau du roi Baudouin, mais dans un salon beaucoup plus convivial. Malgré le sérieux des conversations, l'humour est plus présent avec Albert. Par ailleurs, comme son frère, il décide de ne pas rencontrer les représentants de l'extrême-droite.

Dès le début du règne, les relations avec le premier ministre Jean-Luc Dehaene sont très cordiales, mais le rapport d'influence est désormais différent : "L'expérience a changé de camp. Après 12 ans passés au gouvernement, j'ai plus oeuvré dans la politique que le roi actuel. La relation en est quelque peu différente de celle que j'avais avec Baudouin" confie le premier ministre en 1995 à Luc Neuckermans et Pol van den Driessche, les auteurs du livre "Albert II sur les traces de Baudouin Ier".

La Belgique assumait la présidence de l'Union Européenne durant le deuxième semestre de 1993. Au cours de sa première année de règne, le roi Albert a ainsi pu rencontrer beaucoup de personnalités importantes. Début septembre, l'empereur Akihito et l'impératrice Michiko du Japon effectuent un voyage d'Etat en Belgique, un mois après y avoir assisté aux funérailles de leur ami le roi Baudouin. Puis, le président du Mexique Carlos Salinas de Gortari vient à Bruxelles inaugurer Europalia Mexique. Au cours de l'automne, Albert II reçoit en audience le président du congrès national sud-africain Nelson Mandela, le leader palestinien Yasser Arafat, le premier ministre israélien Yitzhak Rabin et le président russe Boris Eltsine. Lors du sommet européen de Bruxelles en décembre, le Roi offre un déjeuner au palais royal pour les chefs d'Etat et de gouvernement présents : le président français François Mitterand, le chancelier allemand Helmut Kohl, le premier ministre britannique John Major, le premier ministre espagnol Felipe Gonzales, le président de la Commission Européenne Jacques Delors, le premier ministre français Edouard Balladur, etc.

Dans son premier discours de Noël, le Roi évoque la situation internationale :

"Sur la scène politique internationale, la promotion de la solidarité et de la justice exigera aussi un engagement renforcé de notre part. En Europe, sous la présidence belge, le traité de Maastricht est devenu une réalité qui doit favoriser la construction d'une union économique et monétaire et le développement d'une politique étrangère commune. De plus, le récent conseil européen de Bruxelles a adopté un plan d'action ambitieux pour combattre le chômage.

Mais l'Europe, notre Europe, doit aussi garder son âme faite de la richesse unique de toutes les cultures qui, depuis des siècles, s'y développent. Associer nos forces dans le respect des différences, faire de notre Europe un espace rayonnant et uni où s'allient dynamisme économique, respect de l'autre, justice sociale et paix durable, voilà le superbe défi que notre continent se doit de relever vite. La Belgique, de par sa position géographique centrale, mais aussi par la possibilité qu'elle a, si elle le veut, de montrer à l'Europe que les différences culturelles, vécues harmonieusement, peuvent être source de bien-être et d'idées neuves, peut aider de manière importante cette Europe nouvelle à naître et à tenir, dans le monde du XXIème siècle, le rôle important auquel l'appelle son histoire.

J'ai pu me rendre compte, en m'entretenant récemment avec Nelson Mandela, Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, que des progrès substantiels ont été accomplis vers plus de solidarité et de justice dans certaines parties du monde. Le chemin à parcourir reste certes important. Les efforts de tous ceux qui ont surmonté des rivalités et des difficultés anciennes sont toutefois porteurs d'espoir pour de nombreuses régions qui sont malheureusement encore le théâtre de guerres civiles cruelles. Des luttes fratricides se poursuivent dans l'ancienne Yougoslavie (surtout en Bosnie-Herzégovine) et dans plusieurs pays d'Afrique, dont certains nous sont très chers et où la souffrance et la détresse des populations sont immenses.

Je voudrais, à cet égard, rendre un hommage particulier à nos troupes qui ont oeuvré et qui oeuvrent encore pour la paix en ex-Yougoslavie, en Somalie et au Rwanda. Leur présence et leur action humanitaire tant appréciés par la communauté internationale leur donne droit à notre reconnaissance. Partout où nous le pouvons, à l'intérieur de notre pays comme à l'extérieur, engageons-nous pour la défense des plus faibles".

Le chômage est l'un des autres sujets de son discours de Noël 1993 : "Dans la crise économique profonde que notre pays, notre continent et d'autres régions du monde traversent, la lutte pour l'emploi constitue la priorité. En effet, le chômage étendu ne représente pas seulement un grand gaspillage de ressources humaines, il atteint aussi beaucoup d'hommes et de femmes dans leur dignité. Nous ne sortirons pas de cette crise, chez nous et ailleurs, sans faire preuve de solidarité, de justice et de créativité.

Solidarité d'abord, entre ceux qui ont un travail et ceux qui n'en ont pas. Cela implique que l'objectif de l'accroissement du revenu de ceux qui travaillent doit passer à l'arrière-plan au profit de la défense et de la création d'emplois, en particulier pour les jeunes. Cela suppose également que nous tâchions d'innover pour mieux répartir le temps de travail et introduire plus de souplesse dans son organisation.

Justice ensuite, qui implique, entre autres, que chacun réfléchisse sur le fait que payer ses impôts, respecter l'esprit aussi bien que la lettre de la législation fiscale et sociale est également une forme de civisme. La justice exige aussi que nous soyons attentifs à enrayer l'exclusion sociale qui gagne du terrain dans nos grandes villes. Certains de nos concitoyens se trouvent graduellement privés d'une série de biens de base, comme le logement. Certains aussi passent à travers les mailles de nos systèmes de sécurité sociale ou d'enseignement. Nous ne pouvons pas nous résigner devant de telles situations.

Créativité, enfin, pour installer un climat qui suscite la naissance d'activités nouvelles et aiguise, chez les jeunes surtout, le goût d'entreprendre, qui a toujours été une des grandes qualités des femmes et des hommes de notre pays. Il est essentiel, à cet égard, d'investir de manière efficiente dans la recherche scientifique qui, demain, stimulera la création d'activités nouvelles".

mercredi 14 septembre 2011

La princesse Lilian de Belgique

                                                                                
Née en 1916 à Londres, Lilian est le septième enfant d'un couple d'Ostendais réfugié en Angleterre en raison de la guerre. Son père Henri Baels sera notamment avocat, échevin, administrateur de sociétés de pêcherie, député à la Chambre, ministre de l'Agriculture et des Travaux publics, et gouverneur de la province de Flandre Occidentale à partir de 1933. Elle fréquente l'école primaire des Soeurs de Saint-Joseph à Ostende, puis l'Institut des Dames du Sacré-Coeur. Elle parle le français, le néerlandais et l'anglais. Sa famille s'installe à Knokke en 1931 et fuit en France lors de l'invasion allemande de 1940. Fille de gouverneur, Lilian rencontre plusieurs fois avant la guerre le roi Léopold lors d'activités officielles, et celui-ci l'invite à jouer ensemble au golf.

Le début de la romance entre Léopold III et Lilian débute en 1940, comme elle l'a raconté plus tard dans "Un couple dans la tempête" : "Le 9 juillet, j'ai ramené mon père qui avait été blessé à la jambe pendant l'exode. Je l'ai conduit en voiture à Laeken. Il voulait voir tout de suite le Roi ou son chargé d'affaires. J'ai attendu dehors et là, j'ai vu ces grilles tenues d'un côté par la Gestapo et de l'autre par la Wehrmacht. Après un petit moment, un Grand Maréchal s'est approché, a frappé à ma vitre, et m'a dit : "Le Roi et la reine Elisabeth aimeraient que vous veniez". J'ai ramené mon père à l'hôtel et je suis revenue au palais. C'était le 9 juillet. J'ai revu le Roi sur un green de golf qu'il a appelé le "green du 9 juillet" à partir de ce moment-là. Il m'a posé des questions sur la situation en France. Et puis, il m'a parlé succintement de ce qu'il s'était passé, de la manière odieuse et injuste dont l'avaient traité la France et l'Angleterre. Ca, c'est notre rencontre du 9 juillet 1940, la première fois où l'on se parlait vraiment... Puis, très vite, j'ai dû ramener mon père pour le faire soigner à Anglet. Je ne suis revenue avec lui que fin 1940 en Belgique. J'habitais alors chez des amis. Et là, j'ai revu le Roi. Il avait reçu ma lettre de Bernay. J'étais enchantée (...) Finalement, je suis revenue en juin 1941. Nous prenions les repas avec la reine Elisabeth... Je ne voyais jamais les enfants, je ne voyais que le Roi et ma future belle-mère que j'avais connue lorsqu'elle venait à Bruges quand mon père était gouverneur. Et puis, un jour, en septembre 1941, le Roi m'a demandé de devenir sa femme. J'ai dit non tout de suite, me rendant compte que c'était de la folie à tout point de vue. Et alors, les conseils ne m'ont pas manqué. Le cardinal Van Roey qui était un ami d'enfance, la reine Elisabeth aussi. On a fait venir mon père ; il ne savait pas de quoi il s'agissait. J'ai envoyé le cardinal pour le lui dire. Mon père m'a demandé si j'étais folle. Je lui ai dit : "Pas du tout, c'est pour çà que j'ai refusé". Le cardinal m'a mis la main sur le genou et m'a dit : "Ma petite, si vous ne l'aimez pas, il ne faut pas en faire le sacrifice". Il n'avait rien compris. Pourtant, il me connaissait bien, il m'avait confirmée. C'est lui qui m'a mariée, a ondoyé et baptisé mes enfants, c'est un grand ami. Mon père, bien que très réticent, a donné son accord le 8 ou le 9 septembre. Mais ma mère ne savait rien, alors que jusque-là, mon père ne lui avait jamais rien caché. Les Allemands ne savaient pas, personne n'a su. Le 11 septembre, le cardinal nous a mariés en toute intimité. Il y avait la reine Elisabeth, nous, mon père, le vicaire et le cardinal. Pourquoi un mariage religieux? Parce que le mariage civil nécessite une certaine publicité, les bans, la venue d'un officier de l'état-civil... Etant donné les circonstances, sous l'Occupation allemande, le Roi pensait que ce n'était pas souhaitable, mais mon père regrettait l'absence du mariage civil. Aussi, des semaines après, quand je me suis rendu compte que j'étais enceinte, donc début décembre, nous nous sommes mariés civilement. Et c'est là que, le 6 décembre dans l'après-midi, j'ai vu les enfants pour la première fois, les deux fils parce que Joséphine-Charlotte était en Italie chez sa tante".

L'annonce de cette union crée la polémique pour trois raisons : 1° Le mariage civil a suivi le mariage religieux (alors que la Constitution belge exige l'inverse). 2° Le Roi est prisonnier des Allemands mais peut penser à ses amours, ce qui n'est pas le cas des autres soldats prisonniers. 3° Beaucoup de Belges restent attachés à la mythique reine Astrid, décédée en 1935. Plus tard, on reprochera aussi à Léopold III d'avoir remercié Hitler pour les félicitations et les fleurs qu'il leur avait envoyées lors de leur mariage. Le Roi annonce que la princesse Lilian renonce au titre de reine, et que leurs futurs enfants n'entreront pas dans l'ordre de succession au trône. Le prince Alexandre naît en juillet 1942.

Avec son époux, la princesse Lilian connaîtra la déportation en 1944 dans la forteresse d'Hirschtein, la Question Royale et l'exil en Suisse de 1945 à 1950. Le roi Léopold III décide d'abdiquer au profit de son fils le roi Baudouin, jeune homme célibataire et timide de 20 ans, qui leur demande d'habiter avec lui à Laeken. Léopold III et Lilian sont à nouveau parents : la princesse Marie-Christine, née en 1951, et la princesse Esmeralda, née en 1956. Les photos prises au cours de cette décennie montrent l'amour et la complicité qui régnaient au sein de cette "famille recomposée", un terme qui n'existait pas à cette époque. Toujours très élégante, la princesse Lilian joue le rôle de Première Dame mais ne parvient pas à se faire accepter des Belges. Suite à l'hospitalisation de son fils Alexandre, elle crée la Fondation Cardiologique Princesse Lilian (plus d'infos sur cette fondation : http://familleroyalebelge.blogspot.com/2010/09/la-fondation-cardiologique-princesse.html).

Le monde politique belge suspecte le roi Léopold et la princesse Lilian d'influencer la politique du roi Baudouin. Sous la pression du gouvernement, ceux-ci acceptent en 1959 de quitter le domaine de Laeken. L'Etat met à leur disposition le domaine royal d'Argenteuil qui nécessitera un an de travaux (plus d'infos sur ce domaine : http://familleroyalebelge.blogspot.com/2009/02/le-domaine-royal-dargenteuil.html).

1960 marque un tournant dans la vie de Léopold III et Lilian. Outre leur déménagement, c'est le début de leur mise à l'écart de la famille royale et de leur brouille avec le roi Baudouin. Que s'est-il passé entre eux? Quatre hypothèses existent, mais il est difficile de dire laquelle a joué le plus grand rôle : 1° Les meubles de Laeken emportés à Argenteuil sans concertation avec le roi Baudouin. 2° L'influence de l'Eglise sur le roi Baudouin qu'ils ne voyaient pas d'un bon oeil. 3° La volonté du gouvernement d'éloigner le roi Léopold de son fils. 4° Les caractères très opposés de la reine Fabiola et de la princesse Lilian.

Au domaine royal d'Argenteuil décoré avec goût, Léopold III prépare ses expéditions à travers le monde et s'adonne à sa passion de la photographie, la princesse s'occupe de la Fondation Cardiologique Princesse Lilian et de sa harde de cerfs, la princesse Marie-Esméralda suit des cours particuliers à domicile (la princesse Marie-Christine est pensionnaire à Bruges puis en France). Léopold III et Lilian reçoivent dans la discrétion de nombreuses personnes : ambassadeurs, ministres, anciens combattants, photographes, scientifiques, sportifs, etc. Mais la plus prestigieuse visite à Argenteuil restera celle de la reine Elisabeth II et du prince Philip d'Angleterre en 1966.

En 1983, le roi Léopold III décède et a droit à des funérailles nationales. Il laisse à sa veuve son testament politique qu'il lui demande de faire publier à un moment opportun. Elle crée en 1991 l'asbl Princesse Lilian en mémoire du roi Léopold III afin de rassembler et classer les nombreuses archives du quatrième roi des Belges, et ne fera plus qu'une seule apparition publique pour les 10 ans de la mort de son mari. Par ailleurs, les ponts sont coupés avec sa fille la princesse Marie-Christine qui s'est installée aux Etats-Unis.

Le soir du 31 juillet 1993, Albert II, nouveau chef de famille, lui téléphone pour l'informer du décès du roi Baudouin afin qu'elle l'apprenne avant l'annonce par les médias. Après cette délicate attention, il se rend à plusieurs reprises au domaine d'Argenteuil et il assiste au mariage à Londres de la princesse Esmeralda avec le professeur Salvador Moncada. La princesse Lilian a ensuite la joie d'être grand-mère en 1998 et 2001. De son côté, le prince Alexandre - qui venait voir sa mère presque tous les jours - rend public son mariage avec Léa Wolman, mais cette dernière ne semble pas avoir été bien acceptée par sa belle-mère.

L'image de la princesse Lilian ne s'améliore pas dans l'opinion publique et des rumeurs sont régulièrement relayées par la presse (une supposée liaison avec son beau-fils le roi Baudouin, p.ex.). Evrard Raskin écrit sa biographie dont l'objectif est de démontrer que le deuxième mariage de Léopold III est la cause principale de la Question Royale et de l'abdication du souverain. ("Des années après sa mort, Léopold III apparaît toujours comme l'homme qui s'est marié au mauvais moment avec la femme qu'il n'aurait jamais dû épouser" écrit-il).

Ignorant les critiques, la princesse Lilian continue son travail de mémoire : elle soutient sa fille Esmeralda pour la sortie d'un album-photos intitulé "Léopold III, mon père", elle donne enfin sa version des événements à Claude Désiré et Marcel Jullian pour leur livre "Un couple dans la tempête", et elle fait publier le testament politique de son mari en 2001 à l'occasion du 100ème anniversaire de sa naissance. Un an plus tard, la princesse décède au domaine royal d'Argenteuil et est inhumée dans la crypte royale de Laeken en présence de toute la famille royale belge.

Le gouvernement belge refuse les propositions du prince Alexandre et de la princesse Marie-Esméralda de consacrer le domaine royal d'Argenteuil en un lieu de travail pour les fondations créées par Léopold III et Lilian. A partir de l'automne 2002, le château commence à se vider : les meubles d'Etat empruntés en 1960 retournent à Laeken ; les archives sont transférées au palais royal ; les meubles, robes, bijoux, tableaux et argenterie sont partagés entre les trois héritiers ou vendus par Sothebys. Réputée pour son élégance, la princesse Lilian serait sans doute très heureuse que certaines de ses robes aient été offertes par ses enfants au Musée de la Mode d'Anvers, au Musée du Costume et de la Dentelle de Bruxelles, à la Maison Dior en France et au Musée Balenciaga en Espagne. En septembre 2004, l'Etat vend le domaine royal d'Argenteuil à Jean-Marie Delwart, un riche industriel belge, désireux de s'y livrer à sa passion pour la recherche scientifique en ethologie. La princesse Esmeralda rachète le châlet d'Hinteriss que possédait sa mère, et continue de défendre sa mémoire. Par contre, la princesse Marie-Christine règle ses comptes avec la princesse Lilian dans son autobiographie "La brisure".

Bref, la princesse Lilian est une femme qui a compté dans la vie de trois rois (Léopold III, Baudouin et Albert II) et qui a marqué l'histoire de la dynastie belge. Ses relations avec le prince Charles, la reine Fabiola et les princesses Marie-Christine et Léa ont été difficiles. Sa personnalité continue de susciter la controverse, mais j'espère vous avoir fait connaître un peu mieux sa vie, loin des clichés et des rumeurs. Il manque une biographie sérieuse et objective à son sujet afin de savoir réellement quelle a été son influence au cours de la Question Royale.

mercredi 7 septembre 2011

Activités royales en août 2011

3 audiences pour le Roi : le premier ministre Yves Leterme, le président du PS Elio Di Rupo et le nouveau président du CDH Benoît Lutgen.

1 activité officielle pour le Roi et la Reine : visite sur les lieux de la catastrophe du festival de Pukkelpop.

0 activité officielle pour la reine Fabiola, le prince Philippe et la princesse Mathilde, le prince Lorenz et la princesse Astrid, le prince Laurent et la princesse Claire.

Résumé des activités officielles de janvier à août 2011 :

Roi : 117 audiences + 42 activités officielles

Prince Philippe : 127 activités officielles

Princesse Mathilde : 106 activités officielles

Reine Paola : 55 activités officielles

Princesse Astrid : 50 activités officielles

Prince Laurent : 22 activités officielles

Prince Lorenz : 19 activités officielles

Reine Fabiola : 14 activités officielles

Princesse Claire : 13 activités officielles