lundi 28 novembre 2011

Les 60 ans de la princesse Léa de Belgique

Née le 2 décembre 1951 à Etterbeek, Léa Wolman effectue dans notre capitale ses études secondaires, suivies d'un brevet commercial. Divorcée, elle a deux enfants : Laetitia Spetschinsky (née en 1976) et Renaud Bichara (né en 1983). Elle rencontre le prince Alexandre de Belgique en 1986 à la côte belge chez un ami commun avec le ministre Mundeleer. Ce qui l'a séduit? "Sa modestie, son intelligence hors du commun, sa gentillesse et son extrême courtoisie. J'avais l'impression de le connaître depuis toujours" m'a-t-elle confié. Plus d'infos sur le prince : http://familleroyalebelge.blogspot.com/2010/11/le-prince-alexandre-de-belgique.html

Le couple se marie en toute discrétion le 14 mars 1991 près de Londres et part en voyage de noces en Inde. Leur union n'est pas rendue publique à la demande du prince. La princesse Léa expliquera en 2008 au magazine "Point de Vue" : "Je crois que mon mari n'a pas osé avouer à sa mère qu'il m'avait rencontrée. Il pensait que les questions se résolvent avec le temps. Lourde erreur. Notre union a été officialisée lors du mariage de ma belle-soeur Marie-Esméralda. Je n'en ai jamais voulu à ma belle-mère. Elle adorait son fils. Je n'ai pas de regrets. Je ne regarde pas en arrière. Il faut en finir avec le malheur. C'est le présent et l'avenir qui m'interpellent. Je sais que le roi Baudouin avait écrit à son frère une lettre magnifique où il se réjouissait de faire bientôt ma connaissance. Seule la mort l'en a empêché".

Surprise en octobre 1996 dans la nécrologie de plusieurs quotidiens : le nom du prince figure aux côtés de Léa Wolman sur le faire-part de décès de la mère de cette dernière. Discrètement, il tient à faire savoir qu'il n'était plus célibataire et que Mme Wolman est la femme qui partage sa vie dans leur maison de Rhode-Saint-Genèse qui a autrefois appartenu au premier ministre Paul-Emile Janson.

Nouvelle surprise en juillet 1998 : l'hebdomadaire satirique "Pan" révèle que le prince avait épousé Léa Wolman en 1991. Le Palais confirme l'information. Le 4 septembre 1998, le couple pose ensemble pour la presse et organise un dîner pour 150 convives (dont le prince Laurent) au château de Corroy-le-Château de leur ami le marquis Olivier de Trazegnies. La princesse Lilian n'y assiste pas.

Alexandre et Léa apparaissent aux côtés de toute la famille royale belge en 1999 lors des 65 ans du roi Albert II et lors du mariage du prince Philippe. Ils accompagnent le Roi et la Reine à une exposition de photos de leur père en 2000, et à l'inauguration de la Salle Léopold III au Musée de la Dynastie en 2001. La princesse Léa est une femme charmante, élégante et intelligente qui a incontestablement apporté le bonheur et la sérénité à son mari discret et réservé. Ce dernier s'est beaucoup occupé de ses beaux-enfants Laetitia et Renaud.

Le couple princier débute son action sociale publique en organisant un dîner de bienfaisance au profit de l'hôpital belge Rosales, fondé il y a cent ans au Salvador, puis un autre dîner au profit d'Aide Info Sida. La princesse accepte d'accorder son Haut Patronage à l'Association des Femmes d'Amérique Latine et à la soirée annuelle de bienfaisance "La Nuit des Neiges" à Crans-Montana. C'est dans cette station suisse que sa fille Laetitia épouse en 2006 Didier Nagant de Deuxchaines, ancien conseiller du prince Philippe.

Le Fonds d'Entraide Prince et Princesse Alexandre est créé en 2006. Léa le présente à "La Libre Match" : "Cela fait de longues années et en toute discrétion que le prince et moi-même apportons notre contribution personnelle à des causes qui nous sont chères. En Belgique, beaucoup de personnes sont trop bien élevées pour faire parler d'elles mais nombreuses sont celles qui possèdent une valeur inestimable. Je porte leurs oeuvres dans mon coeur et je les soutiens dans la mesure de mes possibilités. J'aimerais citer à ce titre l'association La Fontaine qui accueille les sans abris, Aide Info Sida dont nous sommes un maillon de la chaîne de solidarité, et l'association Trempoline avec laquelle Mr Vanderstraeten s'occupe de la réinsertion sociale d'anciens toxicomanes. Puis j'ajouterai l'Association des Femmes d'Amérique Latine, le Zeepreventorium, L'Accueil, Kid's Hope et d'autres encore dont la liste devient de plus en plus longue, tant les gens que nous rencontrons sont extraordinaires dans leur dévouement. Il convient notamment de briser le tabou qui entoure le sida. A ce titre, nous avons organisé un dîner précédé d'un concert donné par la pianiste russe Irina Lankova au profit d'Aide Info Sida dont l'objectif est d'accompagner les personnes atteintes de cette maladie et de prévenir de nouvelles contaminations. L'importance de cette mission et le formidable dévouement de nombreux bénévoles m'ont beaucoup émue.

J'ai toujours considéré le dévouement social comme l'une des missions de ma vie. Or si ma devise que j'ai inscrite dans la vigne à Farinet en Suisse selon la coutume locale, est "Ne jamais dire, faire", il devenait utile d'avoir une structure ad hoc afin de respecter ce principe de transparence qui est important pour moi. Elle est réduite à sa plus simple expression car formée de quatre membres : mon époux le prince Alexandre, ma fille, mon fils et moi-même. Pour ce qui est de l'administration, nous avons un bureau comptable et un secrétariat bénévoles que je remercie par la même occasion. Cela diminue considérablement les frais de fonctionnement et permet d'intervenir au plus vite sans avoir un nombre considérable d'intermédiaires. Nous vivons dans un monde de solitude dans lequel la solidarité et le contact humain sont plus importants que jamais. Notre fonds d'entraide se veut une main tendue et chaleureuse à tous ceux que la vie a malmenés".

Le premier dîner au profit du Fonds d'Entraide Prince et Princesse Alexandre a lieu en novembre au Musée Ferrari de Bruxelles sur le thème "Léopold III et Ferrari, l'histoire d'une passion". 30.000 euros sont distribués en 2006 par le Fonds, notamment à l'opération Télévie au profit de la recherche contre la leucémie, et au projet de transformation de l'ancienne villa royale d'Ostende en centre de revalidation pour patients cancéreux.

En mars 2007, la princesse confie au magazine "Royals" : "Nous ne sommes pas des Mère Térésa ou des Abbé Pierre, nous sommes des gens ordinaires qui essaient de faire le bien autour d'eux. J'ai été éduquée dans l'esprit d'aider les autres, si du moins vous en avez la possibilité. Ma mère s'est fortement mais discrètement engagée dans la lutte contre la lèpre. Donc, je me suis toujours engagée aussi. Et maintenant que mon mariage avec un prince de Belgique me permet d'aider plus de gens, il serait dommage que je ne le fasse pas. Ce sont surtout les personnes qui se trouvent derrière les projets qui me convainquent ou non de soutenir leur projet. Lorsque quelqu'un me demande de l'aide, je vais voir sur le terrain, parfois à deux ou trois reprises. Mais dès que je suis persuadée du bien-fondé du projet, je fonce".

Elle évoque aussi son mari : "Je trouve malheureux de devoir souvent me déplacer seule dans le cadre de mes activités. Je préférerais accompagner mon époux plutôt que l'inverse. Mais vous savez, le prince est très discret. Il n'aime pas attirer l'attention. C'est d'ailleurs là un autre de mes chevaux de bataille : faire en sorte que les Belges n'oublient pas le prince Alexandre. Je fais de mon mieux, mais il préfère rester le nez dans ses bouquins, surtout les ouvrages scientifiques et littéraires, deux domaines qui le passionnent. Nous sommes vraiment à l'opposé l'un de l'autre. Ne dit-on pas que les contraires s'attirent?".

Et ses enfants : "Laetitia, mon petit rayon de soleil, a quitté la maison. Heureusement, mon fils Renaud est toujours là, ce qui n'est bien sûr pas pareil qu'une relation mère-fille. Il est davantage le compagnon de mon époux ; ils sont vraiment très liés. Mais comme ma fille habite dans les environs, cela nous permet de nous voir encore régulièrement".

A l'occasion du 65ème anniversaire du prince Alexandre en 2007, son épouse lui fait la surprise de faire publier un album-photos racontant sa vie et paru aux Editions de l'Arbre. Elle confie à "Point de Vue" : "Voici un an ou deux, à l'occasion d'une soirée, j'ai rencontré une dame d'un certain âge qui m'a dit dans un sourire : "Ah bon, votre mari est donc toujours vivant?". Ma réaction fut immédiate. Il fallait d'urgence le lui prouver, et montrer à tous que nous étions en effet toujours vivants. Avec mon éditrice, nous avons sélectionné des photos, ouvrant les malles du grenier et cherchant les documents qui pourraient le mieux traduire mon message. Il fallait sortir le livre très vite pour le 65ème anniversaire de mon mari. Nous publions ainsi des documents totalement inédits. Mon souhait n'a jamais été de prendre une place que je n'ai pas. Je voulais simplement restituer à mon mari sa place dans l'histoire. C'est un homme discret et modeste. J'ai souvent été triste de constater qu'il ne bénéficiait pas d'une véritable reconnaissance de ce qu'il était. Mais je dois dire aussi que les enfants du second lit du roi Léopold ont été élevés d'une manière bien particulière : prince et princesses de Belgique, bénéficiant du prédicat d'altesse royale, mais écartés de la succession au trône. Ils ont mené une vie discrète. Je lis chez mon mari une certaine nostalgie, même s'il ne l'exprime jamais. Alexandre a reçu une très solide formation intellectuelle. C'est un scientifique, doué d'une prodigieuse mémoire, d'un sens de l'analyse éminemment brillant. Lisant au minimum un livre par jour, capable de passer d'un ouvrage sur la physique quantique à un recueil de poésie. Il me stupéfie. Il attendait assumer des responsabilités officielles mais elles ne sont pas venues. Il voulait servir mieux encore son pays, mettre cette masse de connaissances et d'expériences au service du peuple belge. Les enfants ne sont pas responsables des choix de leurs parents. Ils sont libres d'être, d'assumer leur identité propre. Mon mari a été élevé en fils de roi ; il n'était pas prévu qu'il travaille. On peut juger cela absurde, rétrograde, mais c'est ainsi. Il est possible qu'un jour les mentalités évoluent dans une direction plus moderne. Son intelligence est très vive mais elle n'a pas été suffisamment utilisée". Plus d'infos sur cet album-photos : http://familleroyalebelge.blogspot.com/2009/11/le-prince-alexandre-de-belgique-lea-de.html

Un an plus tard, la princesse Léa sort "Les amis de Valdi et Rush", un livre de contes qu'elle a écrits et qui sont illustrés par Vincent Wauthier. Un CD trilingue l'accompagne : Stéphane Bern a enregistré les contes en français, Helmut Lotti en néerlandais et la princesse en allemand. Les droits d'auteurs seront versés au Fonds d'Entraide Prince et Princesse Alexandre. Léa confie à la presse : "Ces contes correspondent aux histoires que je racontais à mes enfants. Je n'avais jamais rien osé publier, puis je me suis dit que j'aimerais en faire un livre dans les trois langues nationales, car çà manquait. Le CD qui accompagne le livre s'adresse aux enfants non voyants, mais aussi aux enfants qui n'ont pas de maman ou de papa pour leur lire des contes. Il y a sept contes, des histoires d'animaux qui racontent aussi les problèmes que les enfants peuvent connaître".

Le 29 novembre 2009, alors qu'il faisait sa gymnastique comme tous les jours dans leur résidence de Rhode-Saint-Genèse, le prince Alexandre (67 ans) est terrassé par une embolie pulmonaire foudroyante. C'est son beau-fils Renaud qui l'a retrouvé, allongé au sol entre le vélo d'appartement et le tapis roulant. Ayant reçu une formation de secouriste, il lui pratique immédiatement un massage cardiaque. Les secours arrivent rapidement, mais rien n'y fait. Ses funérailles ont lieu en l'église Notre-Dame de Laeken. Plus d'infos sur ce décès : http://familleroyalebelge.blogspot.com/2009/12/le-deces-du-prince-alexandre-de.html

Que devient la princesse Léa depuis deux ans? Après deux mois et demi de deuil, elle réapparaît aux côtés de toute la famille royale belge lors de la messe annuelle pour les défunts de la dynastie, puis reprend ses nombreuses activités. Elle poursuit le travail du Fonds d'Entraide Prince et Princesse Alexandre qui se consacre à un thème différent chaque année (le cancer en 2006, le handicap en 2007, les enfants hospitalisés et l'anorexie en 2008, la toxicomanie et Alzheimer en 2009, les sans abris en 2010, la maltraitance en 2011). Un exemple concret : sensibilisés par leurs amis le peintre verviétois Léopold Baijot et son épouse qui ont un fils dans le centre pour handicapés "Le Chèvrefeuille" à Spa, le fonds d'entraide verse 5.000 euros au centre. La princesse continue d'assister à des soirées de bienfaisance en Belgique, mais aussi à l'étranger au profit de "La Nuit des Neiges" en Suisse et de l'Association pour la Vie-Espoir contre le Cancer du professeur David Khayat. En 2010, on l'a également vue servir bénévolement de la soupe aux sans abris de l'asbl La Maraude à Bruxelles et rencontrer des sinistrés des inondations à Tubize. Dans le domaine culturel, Léa est la présidente d'honneur du nouveau Musée des Lettres et Manuscrits à Bruxelles qu'elle a inauguré en septembre 2011.

La princesse entretient toujours de bonnes relations avec sa belle-soeur la princesse Marie-Esméralda qui revient très souvent en Belgique, mais aussi avec les autres membres de la famille royale. Elle a confié que la reine Fabiola prenait très souvent de ses nouvelles, ce qui explique pourquoi elle a tenu à être présente à ses côtés pour la messe célébrée pour le 18ème anniversaire du décès du roi Baudouin. Léa soutient depuis de nombreuses années le travail de la Fondation Prince Laurent. Et cet automne, on l'a vue inaugurer avec la princesse Astrid le centre de revalidation pour patients cancéreux installé dans l'ancienne villa royale d'Ostende. Ces deux dernières années, la princesse Léa est également apparue aux côtés des familles non régnantes d'Albanie, de Roumanie et d'Autriche, ainsi qu'avec la cousine de son mari la princesse Marie-Gabrielle de Savoie pour faire les vendanges dans la plus petite vigne du monde dans le Valais suisse.

Défendre la mémoire du prince Alexandre est un autre de ses combats, notamment dans les interviews qu'elle donne. Pour marquer le premier anniversaire de son décès en 2010, elle organise une petite exposition en son honneur à Waterloo (photos de l'inauguration : www.noblesseetroyautes.com/nr01/2010/12/vernissage-de-lexposition-consacree-au-prince-alexandre-de-belgique-a-waterloo) et sort un petit livret intitulé "Une année sans toi" qu'elle dédicace à la Foire du Livre de Bruxelles (photos de cette séance : www.noblesseetroyautes.com/nr01/2011/02/la-princesse-lea-de-belgique-a-la-foire-du-livre-de-bruxelles).

Enfin, la princesse a la joie d'être deux fois grand-mère mais elle n'a jusqu'à présent pas posé avec ses petits-enfants afin de préserver leur anonymat.

lundi 21 novembre 2011

Le rôle politique du roi Albert II en 1998

Dans son discours de Nouvel An aux autorités du pays, le Roi déclare : "Il importe de faire évoluer et de moderniser la justice. Les progrès de cette opération pourront être observés très concrètement. Ainsi la victime ou sa famille devront effectivement avoir accès au dossier. Un autre exemple : la mise en place d'une gestion efficace devrait avoir pour effet que justice soit rendue dans des délais raisonnables, même dans les grandes villes. C'est important, car une trop longue attente constitue en fin de compte un déni de justice. Développer le système des peines alternatives, veiller au suivi dans les cas de liberté conditionnelle, sont deux autres éléments indispensables à une bonne gestion de la justice. Enfin, l'évaluation régulière des résultats obtenus est nécessaire et favorisera, par ailleurs, la poursuite des efforts entrepris. Stimulons le changement des mentalités. A cet égard, les contacts que j'ai eus à Courtrai, lors de ma visite à la nouvelle Maison de la Justice et ma rencontre avec les magistrats, m'ont encouragé".

Le 30 mars, le couple royal et le premier ministre Jean-Luc Dehaene inaugurent à Bruxelles Child Focus, le centre européen pour enfants disparus et sexuellement exploités, où travaillera Jean-Denis Lejeune (le papa de Julie). La reine Paola s'y rend à nouveau le 11 mai avec la reine Silvia de Suède, ainsi qu'avec l'épouse du président allemand, Mme Roman Herzog, lors de leur voyage d'Etat en Belgique en juillet 1998.

Alors qu'il consulte son dossier au palais de justice de Neufchâteau le 23 avril, Marc Dutroux profite de la négligence des deux gendarmes qui le surveillent pour s'échapper dans la nature. Heureusement, le prisonnier le plus connu du royaume est interpellé quelques heures plus tard dans la forêt d'Herbeumont grâce à la perspicacité et au sang-froid d'un garde-forrestier. Marc Dutroux provoque une nouvelle crise dans le pays...

En vacances à Châteauneuf-de-Grasse, le Roi rentre d'urgence en Belgique pour rencontrer le premier ministre, venu lui remettre les lettres de démission du ministre de l'Intérieur Johan Vande Lanotte et du ministre de la Justice Stefaan De Clerck. Le lendemain, leurs successeurs Louis Tobback et Tony Van Parijs prêtent serment devant Albert II. Avec la Reine, il reçoit en audience le garde-forrestier Stéphane Michaux afin de le féliciter. L'évasion avortée de Marc Dutroux provoque l'accélération des réformes de la justice et de la police, réclamées depuis un an et demi.

Le 23 juin 1998, notre souverain consacre une grande partie de son allocution devant le Conseil de l'Europe à Strasbourg au combat qui lui tient très à coeur : "La dignité de l'être humain ne souffre aucun compromis. Il est intolérable qu'elle soit bafouée. Elle est un fondement de notre civilisation européenne millénaire. Les plus faibles au sein de notre société ont le plus de difficultés à faire admettre leur droit au respect de la personne et à la protection de leur dignité. C'est le cas, tout particulièrement, des sans travail, des pauvres, des enfants, des femmes maltraitées.

En Belgique, nous avons vécu des moments douloureux lorsque des crimes horribles, perpétrés contre des enfants, furent découverts. Une intense émotion et une grande solidarité ont uni la population aux parents et aux familles durement éprouvées par cette malfaisance. De cette solidarité marquée, mon pays a tiré les conclusions tant au niveau national qu'international. Fin mars, j'ai eu l'occasion d'inaugurer à Bruxelles le nouveau centre européen pour enfants disparus ou sexuellement exploités. Travaillant sous le vocable "Child Focus", cette institution fournit une assistance précieuse aux familles des victimes par la mise sur pied d'un important réseau de contacts à l'échelle nationale et internationale.

Le Conseil de l'Europe a, me semble-t-il, un rôle très concret à jouer dans l'élaboration de normes juridiques internationales contraignantes et pénales en cette matière. Ce sont là des instruments indispensables pour réprimer les abus contre des enfants et lutter contre la pornographie enfantine. Le congrès mondial contre l'exploitation sexuelle des enfants, qui eut lieu à Stockholm en 1996, fut considéré dans mon pays comme une étape cruciale dans la prise de conscience internationale de ce fléau de notre société.

Je tiens à remercier les autorités allemandes (présidence sortante du Conseil de l'Europe) d'avoir bien voulu prendre l'initiative d'organiser, fin avril, ici à Strasbourg, une conférence européenne de suivi du congrès mondial de Stockholm. Nous sommes heureux que cette conférence ait produit des résultats positifs et qu'elle ait confirmé l'engagement de la communauté internationale d'intensifier la lutte contre ces méfaits. Lors de cette réunion, mon pays a proposé d'élaborer une nouvelle convention au niveau du Conseil de l'Europe. Elle devrait définir des normes communes internationales et des règles de compétence extraterritoriale et renforcer la coopération judiciaire internationale dans le combat pour sauvegarder l'intégrité physique et morale des enfants.

La lutte contre la traite des êtres humains doit pouvoir bénéficier d'une même solidarité internationale. L'exploitation de jeunes femmes, venues de pays en voie de développement, mais récemment de plus en plus d'Europe de l'Est, est un phénomène qui a pris une ampleur terrifiante. C'est donc aussi à l'échelle européenne qu'il faut combattre cette nouvelle forme d'esclavage moderne. Il convient de renforcer et d'harmoniser nos législations réprimant ce trafic, d'organiser l'accueil des victimes et de mieux coordonner l'action de nos polices pour combattre ces phénomènes".

Grand partisan de l'ancrage belge de nos entreprises, Albert II utilise en 1998 tout son pouvoir d'influence dans la lutte pour le rachat de la Générale de Banque, filiale de la Société Générale et principale banque du pays. Président du géant financier belgo-néerlandais Fortis, Maurice Lippens envisageait une fusion de sa banque avec la Générale de Banque et vint présenter ses projets au Roi, qui lui apporta son soutien.

Le conseil d'administration de la Générale de Banque avait des réticences vis-à-vis de l'offre de Fortis. Sous l'impulsion de Fred Chaffart (président du comité de direction), la banque voulait devenir elle-même un groupe bancaire européen. Pendant les vacances de Pâques 1998, le Roi appelle Paul-Emmanuel Janssen, le président de la Générale de Banque.

Cette conversation est relatée en détail dans le livre "Le bal des empires : les dessous du capitalisme" de Stefan Michielsen et Béatrice Delvaux : "Au beau milieu d'une réunion du comité de direction, le téléphone sonne. Hubert Simonart, secrétaire général de la banque, décroche à contrecoeur. Mais son visage devient soudain sérieux. Il se tourne vers Janssen : "C'est pour vous. Le Roi". Incrédule, Janssen prend le téléphone. Devant les regards interrogateurs des autres, il hoche la tête. En effet, c'est bien le Roi. Tous les assistants peuvent entendre le roi Albert II exhorter le conseil d'administration à trouver un compromis avec Fortis, dans l'intérêt du pays. Sous le coup de la surprise, Paul-Emmanuel Janssen parvient tout de même à répliquer : "Majesté, les choses ne sont pas si simples. Nous n'avons rien contre Fortis, mais nous estimons que leur proposition n'est pas bonne pour notre banque, parce que...". Mais le Roi l'interrompt : "Excusez-moi, mais je n'ai pas beaucoup de temps. Je téléphone avec mon GSM depuis ma résidence de vacances. Nous parlerons de cette affaire plus longuement dès mon retour à Bruxelles". Puis, la communication est coupée".

Malgré leurs demandes, Paul-Emmanuel Janssen et Fred Chaffart ne sont pas conviés au palais royal pour défendre leur point de vue.

Lassé d'attendre, Maurice Lippens annonce une offre publique sur toutes les actions de la Générale de Banque, mais il lui manque l'aval de la Commission Bancaire et Financière. Son président, Jean-Louis Duplat, fait savoir que le transfert des actions vers Fortis serait gelé trois mois si le conseil d'administration donnait un avis partagé. C'est ce qui se produit : 9 administrateurs sont pour, 8 sont contre et 11 demandent un complément d'information. Suite aux coups de téléphone de Jacques van Ypersele de Strihou, du gouverneur de la Banque Nationale Alfons Verplaetse et du ministre des Finances Philippe Maystadt, la proposition de Jean-Louis Duplat de geler temporairement l'affaire est rejetée par la Commission Bancaire et Financière.

Quelques jours plus tard, la banque néerlandaise ABN-AMRO fait une contre-proposition : elle offre 15% de plus pour les actions de la Générale de Banque à condition de pouvoir acheter 60% du capital. Aussitôt Albert II convoque le premier ministre, le gouverneur de la Banque Nationale et le ministre des Finances pour leur exprimer son inquiétude face à cette offre. De son côté, Jacques van Ypersele de Strihou refuse de parler à Jan Kalff, président d'ABN-AMRO.

Les membres du conseil d'administration de la Générale de Banque sont partagés entre les offres de Fortis et ABN-AMRO. Proche d'Albert II, Etienne Davignon entre en scène et présente un plan diabolique : statutairement, la Générale de Banque a la possibilité de créer 10% de nouvelles actions. Si Fortis les achetait, sa participation atteindrait 43% et ABN-AMRO ne pourrait jamais détenir les 60% nécessaires. Discrètement, Etienne Davignon et le baron Georges Jacobs (actionnaire indépendant de la Générale et président du groupe chimique UCB) préviennent la plupart des membres de ce qui allait se passer. Le Palais était probablement, lui aussi, au courant. Seuls Paul-Emmanuel Janssen et Fred Chaffart ne sont pas informés.

Le conseil d'administration décisif est convoqué le 5 juin 1998. Malgré les propos choqués du président Paul-Emmanuel Janssen, le scénario minutieusement préparé se déroule comme prévu. L'offre d'ABN-AMRO jugée défavorable, il reste à signer le mariage entre la Générale de Banque et Fortis. Certains évoquent un "coup d'Etat" monté par les proches d'Albert II. Interpellé à la Chambre, le premier ministre Jean-Luc Dehaene balaie les accusations de partialité adressées à la Cour et au gouvernement...

Même si l'opération lui coûte très cher (525 milliards de francs belges), Maurice Lippens savoure son triomphe et n'hésite pas à parler de "cadeau d'anniversaire pour le Roi" sur un plateau de télévision. Ce dernier ne sera pas ingrat : il lui octroie le titre héréditaire de comte lors de la fête nationale 1998.

Autres soucis d'Albert II : le racisme et la xénophobie. Plusieurs activités ont lieu à ce sujet en 1998 : audience d'Anne Morelli (vice-présidente du Mouvement contre le racisme, l'antisémistime et la xénophobie), rencontre avec une délégation du Groupe Mémoire à l'occasion du 65ème anniversaire de l'ouverture du premier camp de concentration nazi, cérémonie au Mémorial des Martyrs Juifs à Anderlecht, séance de clôture des "Rencontres de la Mémoire" organisées à l'occasion des 50 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Et il en parle en juin dans son discours devant le Conseil de l'Europe :

"Le Conseil de l'Europe fut instauré à la fin d'une guerre où l'intolérance raciale avait abouti à des crimes horribles contre des millions de personnes. Malgré les leçons de l'Histoire, le racisme, l'intolérance, les nationalismes et sous-nationalismes extrêmes ont repris vigueur dans notre pays et y trouvent même une expression politique. Il est logique, dès lors, que la lutte contre le racisme, la xénophobie et l'intolérance demeure au centre de nos préoccupations.

En Belgique, nous avons créé il y a quelques années un Centre pour l'Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme. Il joue un rôle précieux. Le centre entend les plaintes des citoyens et se constitue souvent partie civile lors de procédures judiciaires. Il contribue à la formation de fonctionnaires et de membres des forces de l'ordre. Il suggère des initiatives législatives ou gouvernementales, dans le cadre de la conférence interministérielle à la politique des immigrés. Le travail du Conseil de l'Europe dans ce domaine est crucial et sert de référence pour l'action de nos pays et des autres organisations européennes. Je me réjouis que le sommet de Strasbourg de novembre dernier ait décidé de renforcer les activités de la commission contre le racisme et l'intolérance".

Un mois plus tard, le Roi évoque à nouveau ce sujet lors du voyage d'Etat du président allemand Roman Herzog en Belgique : "L'intégration des émigrés requiert également de nous tous des efforts décidés où la tolérance doit l'emporter sur le rejet. Tous nos pays doivent faire face à des tendances nationalistes et à des sentiments d'intolérance. Bannir les préjugés est donc une entreprise qui nous concerne tous. Eliminer la discrimination au sein de la société et dans le travail reste un souci permanent pour nos dirigeants et nos groupes de pression".

L'unité de la Belgique revient également régulièrement dans ses discours, comme celui de la fête nationale 1998 : "Je voudrais évoquer un défi permanent, mais qui constitue aussi une grande chance, je veux parler de notre diversité. Apprenons tous, responsables politiques ou citoyens, à vivre harmonieusement ensemble chaque jour et à juger nos diversités culturelles et régionales non comme des difficultés à surmonter, mais comme des richesses. Si nous le voulons, nous pouvons devenir un exemple pour cette Europe en pleine expansion, dont Bruxelles, et en fait tout notre pays, constitue la capitale. Ceci représente un énorme atout tant sur le plan humain que sur le plan économique, social ou culturel. Je m'en rends compte chaque jour à l'occasion de mes nombreux contacts que j'ai aussi bien avec des compatriotes qu'avec des visiteurs étrangers. Apprenons à connaître mieux et à respecter la culture et la langue des autres communautés. Employons-nous à éviter les provocations et à être tolérants, non seulement en paroles mais aussi dans notre comportement quotidien. J'exhorte en particulier les jeunes à apprendre les langues et à se familiariser avec les autres cultures de notre pays. C'est une opportunité qu'il vous est vraiment facile de saisir et qui vous donnera des atouts supplémentaires pour votre avenir".

Dans ce discours, il évoque aussi la situation économique de notre pays :

"Nous avons réussi l'admission de la Belgique au nombre des pays qui utiliseront l'euro dès janvier prochain, grâce à un effort budgétaire considérable, maintenu pendant des années et qui a demandé à la population bien des sacrifices. Ce succès nous démontre que lorsque nous le voulons vraiment, nous sommes parfaitement capables, tous ensemble, de surmonter des obstacles apparemment infranchissables. C'est un encouragement de taille pour d'autres questions qui nous préoccupent.

Participer à l'Union Monétaire était essentiel pour la Belgique. Dans le domaine de l'emploi, par exemple, l'introduction de l'euro aura des effets bénéfiques. En effet, l'euro réduira considérablement les coûts et les risques de change que nos entreprises devaient supporter. Par ailleurs, les dévaluations compétitives ne seront plus possibles au sein de la zone euro. Cette évolution est importante pour nous, car nous savons qu'environ 2/3 de nos exportations ont la zone euro pour destination et que plus de la moitié de nos importations proviennent de cette même zone. Pensons aussi à nos nombreuses petites et moyennes entreprises que la transparence des prix encouragera à exporter davantage.

Notre pays se prépare donc bien à l'euro. Je remercie tous les acteurs économiques, y compris les responsables de PME, des efforts déjà accomplis et les encourage à poursuivre. Pour l'Europe aussi, l'Union Monétaire est essentielle. La monnaie commune sera incontestablement le moteur qui fera progresser l'intégration.

Un autre défi est celui de l'emploi. Des progrès ont été réalisés puisque durant les 12 derniers mois, le chômage a baissé de façon significative. Cette tendance devrait se poursuivre. Pour cela, continuons à donner la priorité à l'emploi par rapport à l'accroissement des rénumérations individuelles. Au cours de mes nombreuses visites d'entreprises et de mes contacts avec les responsables économiques et sociaux, j'ai pu constater un nouveau dynamisme dans nos trois régions. Il devrait nous permettre de bénéficier pleinement de la reprise économique.

Reconnaissons néanmoins que le chômage reste important, surtout dans certaines sous-régions. Pour le réduire, une approche coordonnée s'impose. Elle comportera, parmi d'autres, un volet consensus social qui favorisera le dynamisme économique, un volet formation des moins qualifiés et un soutien aux entreprises d'économie sociale. Gardons aussi à l'esprit l'importance de la recherche scientifique. Une attitude volontariste, soutenant dans la durée des projets précis et novateurs est un élément non négligeable pour le développement de notre emploi".

Albert II lance la première frappe des pièces en euros à son effigie le 7 septembre à la Monnaie Royale de Belgique.

Le 22 septembre, Semira Adamu, une Nigérienne de 20 ans, expulsée du territoire belge, trouve la mort suite à une intervention policière musclée et inhumaine ("la technique du coussin"). Beaucoup de personnes réclament la démission du ministre de l'Intérieur Louis Tobback. La goutte d'eau qui fait déborder le vase est la couronne de fleurs entourée d'un ruban aux prénoms d'Albert et Paola et déposée en évidence à l'entrée de la cathédrale Saints Michel-et-Gudule. C'est interprété comme un désavoeu public du souverain de la politique du droit d'asile du gouvernement fédéral, et du ministre de l'Intérieur en particulier. Furieux contre l'initiative royale, Louis Tobback démissionne le 26 septembre et est remplacé par Luc Van den Bossche.

Au cours de l'année 1998, Albert II accorde le titre de Ministre d'Etat à une seconde volée d'hommes politiques : Gaston Geens, Philippe Maystadt, Robert Urbain, François-Xavier de Donnéa, Antoine Duquesne et Mark Eyskens.

En novembre, le Roi se rend à la Maison Communale de Tubize afin d'assister à la signature d'une charte de coopération entre 14 communes voisines, situées de part et d'autre de la frontière linguistique, qui ont décidé de collaborer dans une série de matières d'intérêt commun (sécurité routière, culture, économie, environnement, échanges linguistiques, p.ex.). C'est le président de la Chambre et bourgmestre de Tubize Raymond Langendries qui avait présenté l'initiative au souverain lors d'une audience et l'avait convaincu d'apporter son soutien public à la charte "Vivre ensemble-Samen leven".

Albert II assiste aussi à Bruxelles à la séance d'ouverture de la première rencontre européenne des personnes engagées dans la lutte contre le tourisme sexuel des enfants. Au cours de l'année 1998, il a reçu en audience Peter Roose (président de la commission de la Chambre sur la traite des êtres humains), Marc Verwilghen (président de la commission de la Chambre sur les disparitions d'enfants), Véronique Grossi (coordinatrice de l'asbl Payoke à Anvers), Patsy Sörensen (échevine d'Anvers qui lutte contre la traite des êtres humains), Marleen Schepers (coordinatrice belge de la Marche Mondiale contre le travail des enfants), Ankie Vandekerckhove (commissaire aux droits de l'enfant en communauté flamande) et Lieve Stappers (directrice de Child Focus), afin d'être informé de l'évolution de la situation. De son côté, la Fondation Reine Paola finance, en 1998, l'achat de matériel informatique pour l'asbl Passeport pour le Non, qui informe les enfants sur la maltraitance ou la pédophilie.

En politique étrangère, comme son frère défunt, Albert II s'intéresse beaucoup à nos anciennes colonies d'Afrique centrale. Lors du décès du roi Baudouin en 1993, les relations entre la Belgique et le Zaïre étaient difficiles. Le général Mobutu décréta le deuil national dans son pays et souhaita se rendre aux funérailles à Bruxelles, mais le Palais et le gouvernement s'y opposèrent. Quelques années plus tard, Laurent-Désiré Kabila renversa le général Mobutu, prit le pouvoir et décida le retour au nom original du pays.

En novembre 1998, Laurent-Désiré Kabila est de passage à Bruxelles pour la première fois en tant que président de la République du Congo. Les autorités belges sont embarrassées, car même s'il a chassé un dictateur, Kabila n'est pas non plus un enfant de choeur. Albert II accepte de le recevoir en audience, mais fait cependant bien comprendre qu'il ne soutient pas tout à fait le nouveau régime congolais. La presse voit les deux chefs d'Etat entrer dans le bureau du souverain. Contrairement à son habitude, le Roi a le visage grave et sérieux, sans aucun sourire. Il refuse de poser côte à côte et de serrer la main de Kabila publiquement devant les photographes présents.

A quelques mois des élections législatives et régionales de juin 1999, certains hommes politiques (surtout au nord du pays) ne cessent de revendiquer la régionalisation de nouvelles compétences. Le Roi rappelle tout le monde à l'ordre dans son discours de Noël 1998 :

"Le souci de conserver et de promouvoir des relations pacifiques entre nos communautés et régions doit nous habiter en permanence, de même que la défense de nos valeurs démocratiques qu'il ne faut jamais considérer comme acquises une fois pour toutes. A chacun d'entre nous de garder en mémoire ce qui s'est passé dans les années 30. Nous devons maintenir ces relations harmonieuses entre communautés par notre volonté d'ouverture et de compréhension des autres, ce qui implique la connaissance de leur langue.

En effet, la langue parlée par un homme détermine grandement sa façon de raisonner, de voir les choses ou de ne pas les voir. Cette langue dans laquelle il pense est comme une fenêtre par laquelle il observe la réalité autour de lui. Elle lui donne une vision spécifique du monde et ce qu'il ne peut pas formuler avec des mots risque de lui échapper définitivement. Chaque langue a son génie propre qui imprègne tous ceux qui la pratiquent et connaître une langue permet non seulement de communiquer, mais aussi de saisir une sensibilité, une culture, bref de comprendre vraiment l'autre.

Dans notre pays, nous avons la chance de pratiquer plusieurs langues. Nos communautés linguistiques possèdent chacune, comme je viens de le souligner, un génie propre. Notre véritable richesse réside donc bien là : conjuger harmonieusement, au service de ce pays que nous aimons, les qualités spécifiques de chaque communauté. La diversité bien vécue, je continuerai toujours à le rappeler, c'est l'avenir pour notre pays. Par contre, exalter la différence signifierait pour nous tous, non seulement un appauvrissement humain et culturel, mais conduirait aussi, à terme, à une sérieuse diminution de notre niveau de vie. Prenons chacun notre responsabilité et rejetons résolument tout ce qui divise ou sépare, refusons la voie de l'intolérance, du racisme et de l'exclusion de l'autre".

lundi 14 novembre 2011

Le combat de la princesse Mathilde en faveur du micro-crédit

Créé au début des années 70, le micro-crédit est d'abord lancé au Bangladesh par la Grameen Bank du professeur Mohammad Yunus suite à un diagnostic simple : l'absence d'accès au crédit des plus pauvres les prive de la possibilité d'entreprendre. Le principe est d'octroyer des petites sommes à des taux exceptionnellement bas. Le professeur Yunus a été soutenu, entre autres, par le roi Baudouin et la reine Fabiola, le président des Etats-Unis Bill Clinton et la reine Sophie d'Espagne. En 2005, il existait plus de 3.000 organisations de ce type dans ce monde qui sont venues en aide à près de 54,8 millions de personnes (dont 81% de femmes) disposant d'un revenu quotidien inférieur à un dollar.

Le 17 novembre 2004, les princesses Mathilde de Belgique et Maxima des Pays-Bas, le ministre belge de la Coopération au Développement Armand De Decker assistent à New York au lancement de l'Année Internationale du Micro-Crédit, déclarée par l'ONU pour 2005. Le micro-crédit est un des outils permettant de lutter contre la pauvreté et d'atteindre les Objectifs de Développement du Millénaire des Nations Unies, notamment sur le plan de l'éducation et de la santé. La princesse Mathilde a été sollicitée par le Programme des Nations Unies pour le Développement, afin d'agir en tant qu'émissaire pour la promotion du micro-crédit dans le monde.

Voici l'intégralité de son discours prononcé à New York :

"Je suis ravie d'être parmi vous aujourd'hui pour l'inauguration de l'Année Internationale du Micro-Crédit. Comme membre du groupe des émissaires, je suis heureuse de pouvoir soutenir une initiative aussi dynamique et ambitieuse. J'adhère pleinement à notre objectif principal, qui est de soutenir ceux qui à travers le monde entier souhaitent emprunter des sommes modestes pour démarrer leur propre entreprise, et ce malgré leurs très faibles revenus. Je suis impatiente de contribuer à cette année internationale, et ma première activité dans ce cadre aura lieu dès la semaine prochaine en Chine, où j'aurai l'occasion de rendre visite à des bénéficiaires de micro-crédits et de parler de ce sujet devant des auditoires universitaires.

La micro-finance est l'un des instruments les plus puissants dans la lutte contre la pauvreté. Les micro-crédits augmentent le patrimoine et les revenus des ménages modestes et aident ceux-ci à faire face aux besoins essentiels. Il en résulte une amélioration substantielle des conditions de logement, des soins de santé et de l'éducation apportée aux enfants. La micro-finance encourage les femmes à participer davantage à la vie économique et contribue également à la promotion de l'égalité des sexes au sein des familles. Enfin, la micro-finance apparaît comme cruciale pour la réalisation des objectifs de développement fixés à l'aube du millénaire, et tout spécialement l'objectif de réduire de moitié, d'ici 2015, le nombre de personnes vivant dans une pauvreté extrême.

Malgré les perspectives qu'ils peuvent offrir, les services financiers sont pourtant encore refusés à la grande majorité de la population des pays en développement. Il faudra saisir l'occasion offerte par cette année internationale pour répondre à une question de fond : pourquoi persiste-t-on à considérer aujourd'hui encore que les personnes à revenu modeste ne sont pas dignes de crédit? Ceux qui ont peu de moyens ne souhaitent pourtant pas vivre de la charité, mais veulent au contraire pouvoir saisir des opportunités. Beaucoup d'entre eux travaillent à l'arrachée. Les micro-entrepreneurs constituent le segment le plus énergique des sociétés en développement et produisent un effet dynamisant sur l'ensemble de la population. La preuve est apportée depuis longtemps que lorsqu'elles ont un accès aux services financiers, ces personnes créent leur entreprise, remboursent leurs emprunts, épargnent de l'argent et offrent de meilleures conditions de vie à leurs familles et, particulièrement à leurs enfants.

Si nous encourageons l'esprit d'entreprise au sein des populations en développement, nous franchissons une étape cruciale dans l'éradication de la pauvreté. Notre devoir est de réduire les obstacles qui empêchent la participation de ces populations à la vie économique et financière. Avec l'aide de vous tous dans cette salle, nous saisirons l'occasion offerte par l'Année Internationale du Micro-Crédit pour promouvoir des instruments financiers d'inclusion qui permettront aux micro-entrepreneurs de se révéler économiquement et, par-dessus tout, de s'épanouir humainement.

L'année internationale qui s'ouvre sera capitale pour promouvoir le concept du micro-crédit. Mais nous savons déjà que notre engagement devra se poursuivre au-delà de l'année 2005. Car seul un effort inscrit dans la durée produira un résultat durable. C'est un objectif pour lequel je suis, avec vous, déterminée à oeuvrer et à m'engager".

Quelques jours plus tard, lors d'une mission économique en Chine, la princesse découvre un premier projet de micro-crédit dans les campagnes pauvres aux abords de Pékin : l'épouse d'un petit agriculteur a reçu un crédit pour acheter des semences et cultiver des fleurs dans une serre de fortune. Grâce à cette activité, elle peut envoyer leurs enfants à l'école. Lors de sa visite de l'université de Fudan, Mathilde entame un débat sur le micro-crédit avec des étudiants.

Au cours de son voyage au Mali en février 2005, elle se rend à l'agence de micro-crédit Kafo Jiginew (le grenier de l'argent) financée notamment par la coopération belge au développement. Plus de 90.000 crédits (parfois réduits à 50 euros) ont déjà été accordés à toute personne souhaitant lancer son affaire à la ville comme à la campagne. Après la présentation théorique, la princesse rencontre dans les dédales du marché de Medine des femmes ayant sollicité l'appui financier de Kafo Jiginew.

De retour à Bruxelles, Mathilde prononce un discours au palais d'Egmont lors de la séance de clôture du séminaire "Micro-finance : facteur d'intégration sociale?" :

"La semaine dernière, j'étais en mission au Mali. J'ai eu l'occasion de m'entretenir avec plusieurs micro-entrepreneurs. J'ai été vraiment impressionnée par leur enthousiasme et leur engagement. Ils travaillent avec détermination afin de sortir de la pauvreté et de s'assurer un meilleur avenir. Surtout les femmes sont très actives et présentes dans le secteur du micro-crédit. Lors de mes conversations avec eux, j'ai personnellement constaté que les micro-clients ne souhaitent pas vivre de la charité, mais qu'ils veulent au contraire saisir des opportunités : un commerce de chaussures ou de fruits, une bijouterie, une laiterie, un marché de bétail...pour ne citer que quelques exemples. Grâce à un accès aux services financiers, ces personnes à revenu modeste créent leurs propres entreprises, remboursent leurs emprunts, épargnent de l'argent et offrent de meilleures conditions de vie à leur famille, et particulièrement à leurs enfants.

Il existe là un grand potentiel commercial qui mérite d'être développé. Bien que la micro-finance soit un outil important dans la lutte contre la pauvreté, cet instrument n'est pas une panacée! En effet, des obstacles continuent à exister empêchant la participation des populations en développement à la vie économique et financière. Nous devons saisir l'occasion offerte par l'Année Internationale du Micro-Crédit pour promouvoir des instruments financiers d'inclusion qui permettent aux micro-entrepreneurs de se révéler économiquement et de s'épanouir humainement.

En acceptant le mandat d'émissaire des Nations Unies pour l'année internationale, je me suis engagée dans cette voie. Je voudrais rappeler ici que la pauvreté a trop souvent un visage féminin. Et pourtant, ce sont les femmes moteurs de la famille, pleines de talents et d'innovations, qui ont largement recours aux services des institutions de micro-finance. Cela non seulement afin d'accéder aux services financiers dont elles ont besoin, mais peut-être surtout afin d'améliorer leur statut, leurs conditions de vie et celles de leurs enfants, en leur assurant une bonne éducation et un meilleur accès aux soins de santé.

Je suis très heureuse de votre présence à ce séminaire micro-finance ici à Bruxelles. Vous qui représentez des institutions de micro-finance, des investisseurs sociaux, des organisations d'appui au secteur de la micro-finance, des institutions financières, des organisations non gouvernementales ou encore des administrations publiques, vous avez accepté de soutenir ceux qui, à travers le monde entier, souhaitent emprunter des sommes modestes pour démarrer leur propre entreprise, et ce malgré leurs très faibles revenus. Ces deux derniers jours, vous avez examiné les défis du sytème de la micro-finance, y compris les obstacles économiques et financiers à la participation des personnes pauvres.

De mon côté, je voudrais signaler l'importance de l'impact social de la micro-finance. Notre attention pour les conséquences sociales du micro-crédit devrait aller de pair avec nos considérations économiques et financières d'une part, et l'impact social d'autre part. Je vous invite à tenir compte dans votre travail de l'inclusion sociale et du renforcement de la société. A travers la qualité de vos travaux au cours de ce séminaire, je mesure également cet engagement, cette détermination de tous les acteurs du secteur et cette volonté d'encore améliorer votre action. Je vous invite à poursuivre cette solidarité avec les micro-entrepreneurs, non seulement durant l'année internationale, mais aussi après 2005. Seuls des efforts durables pourront être couronnés de succès".

Le 9 mars, Mathilde remet à Bruxelles le 6ème Womed Award, destiné à couronner une femme chef d'entreprise indépendante qui marie harmonieusement sa société, sa vie privée et ses engagements auprès de la communauté. En cette Année Internationale du Micro-Crédit, le prix voit double et a été également attribué à une businesswoman d'un pays en voie de développement.

Lors de la mission économique menée par le prince Philippe en Inde en mars, son épouse s'est rendue dans une association de femmes "Mahilan Milan" qui supervise 35.000 familles en accordant des micro-crédits aux mères pour les aider à commencer une petite activité commerciale (nettoyage, restauration, p.ex.) et aussi à restaurer leur estime de soi. La princesse Mathilde prononce, le 19 avril, un nouveau discours sur le micro-crédit à l'Université de Georgetown au cours d'une visite officielle avec le prince héritier à Washington aux Etats-Unis.

Le 2 juin, elle visite la banque Triodos à Bruxelles afin d'être informée sur les activités internationales de cette banque dans le domaine du micro-crédit. Le 21 juin, elle participe à une réunion à Paris de conseillers des Nations Unies. Ceux-ci font une évaluation sur le déroulement positif de l'Année Internationale du Micro-Crédit et sur la stratégie à suivre dans l'avenir. Enfin, le 6 juillet, Mathilde assiste à Bruxelles à un déjeuner de travail sur les micro-crédits avec des représentants de la Commission Européenne et la Banque Européenne d'Investissement.

La naissance de son troisième enfant le prince Emmanuel en octobre 2005 l'empêche de mener des actions en faveur du micro-crédit au cours de l'automne. Le 6 décembre, la princesse remet au palais royal le Prix Princesse Mathilde 2005 (d'une valeur de 9.000 euros) à l'asbl Credal pour son projet "Affaires de femmes, femmes d'affaires".

D'autres activités officielles sur ce thème ont lieu en 2006 : visite de l'asbl Credal à Louvain-la-Neuve, discours sur la micro-finance au Collège d'Europe à Bruges, conférence organisée par l'European Microfinance Programme de la Solvay Business School à Bruxelles, colloque sur la micro-finance organisé par la commission Globalisation du Sénat, réunion de travail avec les premiers diplômés de l'European Microfinance Programme qu'elle avait déjà rencontrés quelques mois plus tôt.

En 2007, la princesse Mathilde assiste à une conférence à Ixelles du professeur Mohammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank, inventeur du micro-crédit, Prix Nobel de la Paix 2006, et à l'inauguration à l'ULB du Centre Européen de Recherche en Microfinance. En 2011, elle visite à Schaerbeek et Saint-Gilles Micro Start, un projet pilote soutenu par l'Union Européenne qui fournit, conseille, accompagne et aide lors de la création d'une petite entreprise les personnes exclues du système bancaire classique.

dimanche 6 novembre 2011

Activités royales en octobre 2011

23 audiences pour le Roi : le premier ministre Yves Leterme (reçu 4 fois), le président du PS Elio Di Rupo (reçu 4 fois), le sous-lieutenant Matthieu De Naeyer (Epée du Roi 2011), la présidente du Brésil Dilma Roussef, le président du parlement de la communauté française Jean-Charles Luperto, le président d'Uruguay José Mujica, ainsi que les ambassadeurs d'Argentine, Rwanda, Emirats Arabes Unis, Tchéquie, Allemagne, Luxembourg, Lettonie, Norvège, Finlande, Suisse et Bosnie-Herzégovine.

4 activités officielles pour le Roi : déjeuner en l'honneur de la présidente du Brésil, inauguration du festival Europalia Brésil, 100ème anniversaire du Conseil de Physique Solvay, concert d'automne au palais royal.

6 activités officielles pour la reine Paola : déjeuner en l'honneur de la présidente du Brésil, inauguration du festival Europalia Brésil, lancement du timbre à son effigie, visite d'une association de soutien aux aveugles et malvoyants à Gand, remise du Prix Terre d'Avenir, concert d'automne au palais royal.

4 activités officielles pour la reine Fabiola : déjeuner en l'honneur de la présidente du Brésil, inauguration du festival Europalia Brésil, concert d'automne au palais royal, inauguration de la Huis van de Polyfonie à Heverlee.

46 activités officielles pour le prince Philippe : déjeuner en l'honneur de la présidente du Brésil, inauguration du festival Europalia Brésil, visite du Centre de Compétence Jeunesse à Kiel, visite du Centre de Compétence Jeunesse à Borgerhout, rencontre avec la Keizerlijke Commanderie der Edele Haspengouwse Fruyteniers en hun gastronomie, rencontre avec des officiers-élèves de l'Ecole Royale Militaire + 40 activités officielles lors de la mission économique en Chine (session d'information sur la mission, rencontre avec le vice-premier ministre Wang Qishan, banquet offert par le gouvernement, déjeuner de travail "Insight in the 12th Five-Year plan the outside", réunion de travail avec les membres du gouvernement de Tianjin, rencontre avec le maire de Tianjin, dîner offert par le maire de Tianjin, visite du Palais d'Eté à Pékin, signature de contrats, forum China-Belgium Education, visite de l'Art Belge à la biennale chinoise, spectacle du Ji-Xing Dance Theatre de Shanghaï, rencontre avec le président du groupe HNA, dîner avec le groupe HNA et le Kingdom Club, déjeuner de travail Innovation Corporation, rencontre avec le président du Zhejiang Geely Holding Group, réunion de travail avec Volvo Car Corporation, rencontre avec Shoo Mingli, cocktaïl conclusif de trois séminaires, dîner organisé par l'Awex, le Btc et le Fit, Diamond Road Show, rencontre avec le vice-président de Chine Xi Jinping, signature de contrats, soirée pour les 40 ans de relations diplomatiques belgo-chinoises, visite du Public Peting House Project à Chongqing, séminaire Go West Policy of Chinese Opportunities in Chongqing, rencontre avec le maire de Chongqing, signature de contrats, banquet offert par le maire de Chongqing, déjeuner-forum Belgium-China Business, rencontre avec le secrétaire du parti de la province de Guangdong, banquet offert par le maire de Guangdong, signature de contrats à Shenzen, dîner Invest in Belgium, rencontre avec le président de China Southern Airlines, récital de piano de Shen Wenyu, rencontre avec le Shanghaï Intend Port Group, breefing à Eden Chocolates de Shanghaï, dîner Shanghaï-Belgium, visite de Xue Long).

25 activités officielles pour la princesse Mathilde : Journée Européenne de l'Emploi au Berlaymont, déjeuner en l'honneur de la présidente du Brésil, inauguration du festival Europalia Brésil, visite du Centre de Compétence Jeunesse à Kiel, visite du Centre de Compétence Jeunesse à Borgerhout, concert d'automne au palais royal, déjeuner de travail avec des femmes entrepreneurs indépendantes + 18 activités officielles lors de la mission économique en Chine (session d'information sur la mission, banquet offert par le gouvernement, rencontre avec les femmes d'affaires de la délégation, visite de l'académie de tennis de Justine Henin, ouverture de l'exposition "Belgian Architectures and Arts in China", visite du Palais d'Eté à Pékin, signature de contrats, forum China-Belgium Education, visite de l'Art Belge à la biennale chinoise, spectacle du Jin Xing Dance Theatre de Shanghaï, dîner avec les Young Global Leaders, visite à Handicap International, visite de One+One Radio Station, visite de l'association China Dolls, déjeuner avec des étudiants belges, inauguration d'un centre sur l'épilepsie, inauguration de l'exposition The Art of Splendors, soirée pour les 40 ans de relations diplomatiques belgo-chinoises).

15 activités officielles pour la princesse Astrid : visite du centre de revalidation oncologique Villa Royale d'Ostende, déjeuner en l'honneur de la présidente du Brésil, inauguration du festival Europalia Brésil, rencontre avec l'ancien président américain Jimmy Carter, rémise des fonds de recherche de la Ligue Flamande contre le Cancer, 30ème anniversaire de la semaine handisport de Fleurus, inauguration du centre de visite du Parlement Européen, 125ème anniversaire de la Société Royale Syndicat d'Initiative Bruxelles Promotion, 75ème anniversaire de l'Orchestre National de Belgique, avant-première mondiale du film "Tintin et le Secret de la Licorne", hommage national au travail et aux travailleurs, inauguration de la nouvelle église danoise de Bruxelles, visite de l'institut de recherche interdisciplinaire en biologie humaine et moléculaire à l'ULB, concert d'automne au palais royal, symposium sur les 20 ans de prévention du sida à la Défense.

3 activités officielles pour le prince Lorenz : déjeuner en l'honneur de la présidente du Brésil, inauguration du festival Europalia Brésil, concert d'automne au palais royal.

1 activité officielle pour le prince Laurent : soirée au profit de la Fondation Prince Laurent.

1 activité officielle pour la princesse Claire : concert au profit de l'Oeuvre Royale des Berceaux Princesse Paola.

Résumé des activités officielles de janvier à octobre 2011 :

Roi : 148 audiences + 46 activités officielles

Prince Philippe : 189 activités officielles

Princesse Mathilde : 147 activités officielles

Princesse Astrid : 77 activités officielles

Reine Paola : 61 activités officielles

Prince Laurent : 28 activités officielles

Prince Lorenz : 27 activités officielles

Princesse Claire : 18 activités officielles

Reine Fabiola : 18 activités officielles