mardi 31 juillet 2012

Hausse des dons en 2011 pour la Fondation Roi Baudouin

En ce 31 juillet où on commémore le 19ème anniversaire du décès du roi Baudouin, intéressons-nous à sa réalisation la plus concrète :  la Fondation Roi Baudouin. A l'occasion de ses 25 ans de règne en 1976, il avait refusé tout cadeau personnel et préféré la création d'une fondation.

La Fondation Roi Baudouin est active en matière de pauvreté, justice sociale, santé, développement, migration, démocratie. Elle gère de nombreux fonds (dont les plus connus sont les Fonds Prince Albert, Fonds Prince Philippe et Fonds Princesse Mathilde). Elle emploie 75 personnes à temps plein, mais fait appel à 1.900 bénévoles qui participent en tant qu'experts aux jurys et comités d'accompagnement. Ce sont ces personnes (et non le conseil d'administration) qui choisissent les projets subsidiés par la Fondation. Le plus important prix est le Prix International Roi Baudouin pour le Développement d'une valeur de 150.000 euros (plus d'infos à ce sujet :  http://familleroyalebelge.blogspot.be/2009/05/prix-international-roi-baudouin-pour-le.html). Pour 2011, le budget de fonctionnement de la Fondation avait été estimé à 30 millions d'euros, mais grâce aux dons et legs, il s'est clôturé à 74 millions d'euros. Elle bénéficie aussi de 12 millions d'euros chaque année de la Loterie Nationale.

Malgré la crise économique, la Fondation Roi Baudouin connaît une hausse importante des dons. En trois ans, le nombre de fonds (créés par des individus, des entreprises ou des associations) au sein de la Fondation Roi Baudouin a quasi doublé :  269 en 2009, 451 en 2011 et près de 500 à la mi-2012! En 2011, la Fondation a reçu 51 millions d'euros en dons, legs et création ou alimentation de fonds. Ce qui a permis à la Fondation d'accorder 23 millions d'euros en 2011 à divers projets (contre 19 millions d'euros en 2009 et 16,5 millions d'euros en 2010).

Homme de l'ombre, Luc Tayart de Borms, administrateur délégué de la Fondation Roi Baudouin, s'est confié il y a quelques semaines au journal "Le Soir" :

"Comment expliquer cette croissance des dons en pleine crise économique?
- La réputation et l'expertise de la Fondation. Les gens se posent des questions quant à la manière de gérer leurs biens car il y a une perte de confiance dans d'autres institutions. La Fondation a estimé qu'il y avait là un besoin et essayé de le remplir, en créant un centre de philanthropie. Des gens créent donc des fonds au sein de la Fondation, avec des objectifs divers, et nos conseillers les aident à s'assurer que leurs biens seront utilisés intelligemment. La plupart sont des personnes d'un certain âge qui font des investissements moins risqués. Ce sont majoritairement des gens qui n'ont pas d'enfants, surtout des femmes, qui, à la fin de leur vie, veulent pouvoir dire que leurs biens iront à telle ou telle cause. Ce ne sont pas des super riches, mais la classe moyenne supérieure. Il y a des gens qui donnent des oeuvres d'art, pour en garantir la pérennité et l'exposition dans un musée ; d'autres financent des recherches scientifiques sur les maladies rares, ou des projets contre la pauvreté ; d'autres encore donnent des fonds pour le développement ou une ONG. Jusqu'il y a 20 ans, la majorité des legs allaient à la Fondation elle-même ; désormais, la plupart vont spécifiquement à une cause. Ce potentiel existe dans d'autres pays également, notamment en raison de la perte de confiance en d'autres institutions.

- Vous tenez beaucoup à l'indépendance de la Fondation. Elle n'est pas au service du Palais?
- Dès le début, la Fondation fut indépendante. On aurait pu dire que c'était une fondation bon chic bon genre créée pour l'establishment, mais ce n'est pas ce qui a été fait. Le mérite en revient à mon prédécesseur Michel Didisheim et au président de l'époque André Molitor qui en ont fait une fondation tout à fait ouverte et ont imaginé de travailler avec des comités d'experts et des jurys indépendants. Dans 98% des cas, ce n'est pas la Fondation qui décide qui reçoit l'argent, mais un jury. Donc oui, l'indépendance, c'est essentiel.

- C'était le cas sous le roi Baudouin?
- Le roi Baudouin a quand même eu une influence sur les premières orientations, les premières années. Moi, j'ai toujours voulu positionner la fondation en faisant abstraction de la Belgique ou de la dynastie, sans renier nos racines. Nous sommes une fondation à la mémoire du roi Baudouin, avec les valeurs sociales (pas religieuses) du roi Baudouin, mais avec un conseil d'administration et 1.900 experts qui nous alimentent en idées et défis d'aujourd'hui. C'est pour cela que les thématiques ont évolué, même si le core business reste le social, la pauvreté, la santé. Et nous abordons les problèmes de la société avec l'ouverture et le pluralisme qui sont les nôtres.

- Quelles sont les relations actuelles entre la Fondation Roi Baudouin et le Palais?
- Le Palais est représenté au conseil d'administration. On écoute ses représentants comme on écoute les autres. Ils n'ont pas nécessairement une voix privilégiée ; on est respectueux, on fait attention car on porte le nom d'un roi, mais çà ne nous empêche pas de toucher à des problématiques sensibles. Ainsi, on a travaillé sur la fin de vie ou les tests génétiques, et on soutient des projets consacrés à l'homosexualité. Concrètement, j'ai des contacts pas très réguliers avec Jacques van Ypersele de Strihou qui siège au conseil. Il y a aussi des contacts avec les Maisons, par exemple celles de Philippe et Mathilde pour le Fonds Prince Philippe et le Fonds Princesse Mathilde. Tous deux assistent d'ailleurs aux réunions du comité de gestion de leur Fonds, mais ces fonds respectent les règles du jeu. Comme la reine Fabiola, présidente d'honneur depuis 1993 de notre Fondation, qui ne s'est jamais mêlée de notre fonctionnement.

- Le prince Philippe a parfois essayé de s'opposer à certaines décisions?
- S'opposer, non. Il a parfois posé des questions sur certaines sélections, par exemple. Mais ce sont les jurys qui décident. Et je n'ai pas eu de pression disant "çà, vous ne pouvez pas faire".

- On vous reproche de soutenir certaines causes?
- Non, car nos décisions sont consensuelles. Les gens qui sont au conseil d'administration ne sont pas là pour défendre leur agenda, mais celui de la Fondation. Cela vaut pour le Palais comme pour les partis politiques. On n'est sous la coupe de personne".

lundi 16 juillet 2012

Le rôle politique du roi Albert II en 2007

Suite aux accords de la Saint-Polycarpe en 2001, la loi communale a été régionalisée. La Flandre a donc décidé de changer la formule de prestation de serment des nouveaux bourgmestres, échevins et conseillers communaux à partir du 1er janvier 2007. Au lieu de jurer fidélité au Roi et à la Constitution, ils déclarent désormais :  "Je jure de respecter le plus fidèlement possible les obligations liées à ma charge".  Cette décision symbolique est une nouvelle attaque contre la monarchie. Fidèle à son habitude, Albert II évoque brièvement les problèmes communautaires dans son discours de Nouvel An :  "Rendons aussi nos efforts européens crédibles en montrant qu'à l'intérieur de notre pays, nous pouvons également réaliser l'union dans la diversité, comme le souhaitent la majorité de nos concitoyens".

A l'occasion du 50ème anniversaire des Traîtés de Rome, le roi Albert consacre l'entièreté de son discours de Nouvel An 2007 à la construction européenne. Il y glisse une phrase plus politique qui correspond à une des revendications du gouvernement belge :   "Sur le plan institutionnel, il est nécessaire de supprimer le règle de l'unanimité, sous peine de paralysie".

Il fait aussi quelques recommandations pour l'avenir :   "Sur le plan économique et social, il est nécessaire que les Etats membres renforcent leur stratégie de Lisbonne par laquelle l'Union Européenne veut devenir, d'ici 2010, l'économie de la connaissance la plus dynamique du monde. Cela suppose notamment, comme je l'ai déjà dit, l'investissement dans la recherche pour atteindre les fameux 3% du P.I.B. , et un effort considérable pour encourager l'innovation. C'est indispensable si nous voulons maintenir notre prospérité et notre si précieux système de protection sociale".

Le début de l'année 2007 est marquée par une polémique au sujet d'un éventuel voyage d'Etat de nos souverains au Congo, où ont enfin eu lieu des élections démocratiques. Le Roi a été invité officiellement par le président Joseph Kabila et souhaite y répondre favorablement. Certains évoquent le mois de mars ou avril 2007, mais ce projet divise le gouvernement fédéral. Le premier ministre Guy Verhofstadt, le ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht, le ministre de la Coopération au développement Armand De Decker et le ministre de la Défense André Flahaut y sont favorables. Seuls les socialistes flamands y sont opposés et estiment qu'il faut laisser un peu de temps pour voir comment le nouveau régime congolais va fonctionner avant de le cautionner symboliquement par une visite royale. Le gouvernement fédéral décide donc de reporter le voyage d'Etat après les élections législatives belges du 10 juin 2007 et d'en laisser la responsabilité politique au gouvernement suivant.

La veille de la commémoration officielle à Berlin, Bruxelles, capitale de l'Europe, fête le 50ème anniversaire des Traîtés de Rome. En effet, le 25 mars 1957, l'Allemagne, l'Italie, la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg ont signé au Capitole les Traîtés de Rome qui créent la Communauté Européenne de l'Energie Atomique (Euratom) et la Communauté Economique Européenne (CEE). Ces deux textes sont les points de départ de la construction européenne.

Les festivités du 50ème anniversaire débutent dans l'après-midi du 24 mars par un concert de l'Orchestre Philharmonique de Luxembourg au palais des Beaux-Arts de Bruxelles en présence de la reine Fabiola, de la princesse Astrid et du prince Lorenz, de la reine Béatrix des Pays-Bas, du grand-duc Henri et de la grande-duchesse Maria-Teresa de Luxembourg, du président de la Commission Européenne José Manuel Barroso et du premier ministre Guy Verhofstadt.

Quelques 450 invités de marque participent ensuite au symposium organisé par le roi Albert au palais royal pour marquer les 50 ans des Traîtés de Rome :  la présidente de Lettonie Vaira-Vike Freiberga, la reine Béatrix des Pays-Bas, le président de Croatie Stjepan Mesic, le couple grand-ducal luxembourgeois, l'ancien président polonais Alexander Kwasniewski, etc. Après le discours du souverain, une petite dizaine d'orateurs issus des milieux politiques, scientifiques, économiques et journalistiques ont exposé leur vision des bénéfices de la construction européenne.

En soirée, la famille royale belge assiste au concert gratuit "Stars of Europe" organisé au pied de l'Atomium à Bruxelles en présence d'environ 50.000 personnes. Une vingtaine de chanteurs et de groupes ont animé le plateau du Heysel pendant trois heures, entrecoupés de reportages sur les 50 ans des Traîtés de Rome. La Belgique était représentée par Axelle Red, Kate Ryan, Maurane, Hooverphonic et Helmut Lotti. C'est le chanteur italien Zucchero qui a eu l'honneur de commencer le spectacle co-présenté par Fabienne Vande Meersche (RTBF) et Bart Peeters (VRT) en français, en néerlandais et en anglais. Il était retransmis à travers le monde par 56 télévisions. La soirée s'est terminée par un feu d'artifice.

Accompagnée du président de la Commission Européenne José Manuel Barroso, la reine Paola participe, le 5 mai, à la traditionnelle journée portes ouvertes des institutions européennes. Cette visite s'inscrit dans le cadre des 50 ans des Traîtés de Rome.

Les 13 et 14 mai, le couple royal et le ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht effectuent une visite officielle à New York. Leur première journée est consacrée à la découverte du site de Ground Zero, lieu des attentats du World Trade Center en 2001, et à une rencontre avec la communauté belge de New York. Le lendemain, nos souverains se rendent au siège des Nations-Unies, afin de marquer la présence de la Belgique en 2007 et 2008 au Conseil de Sécurité en tant que membre non permanent. Il n'est pas dans la tradition que les chefs d'Etat effectuent ce genre de visite à l'ONU mais, par contre, le Palais souligne qu'Albert II prend l'habitude de saluer les occasions où notre pays remplit une importante mission internationale, comme il l'a fait en 2006 au siège de l'OSCE à Vienne.

Le 14 mai, le Roi et Karel De Gucht s'entretiennent successivement avec le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon, le président du Conseil de Sécurité Zalmay Khalilzad et la présidente de l'assemblée générale de l'ONU Haya Rashed Al Khalifa. Ils ont ensuite des réunions de travail sur les Objectifs de Développement du Millénaire et sur les opérations humanitaires et de maintien de la paix de l'ONU. Pendant ce temps, la reine Paola rencontre les hauts dirigeants de l'Unicef pour évoquer la traite et les violences faites aux enfants et aux femmes, ainsi que la problématique des enfants-soldats. Elle a ensuite découvert au Metropolitan Museum la prochaine exposition de tapisseries flamandes et les nouvelles galeries grecques et romaines.

Deux mois après cette visite officielle à New York, le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon, de passage à Bruxelles, a le rare privilège de déjeuner au château du Belvédère, la résidence privée du couple royal, avec le roi Albert, le premier ministre Guy Verhofstadt, le ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht et le ministre de la Coopération au développement Armand De Decker.

Albert II va connaître en 2007 la première longue crise politique de son règne. A l'exception du MR, les partis du gouvernement sortant (VLD, MR, PS et SPA/Spirit) sont les perdants des élections législatives du 10 juin. En Flandre, le grand gagnant est le CD&V, allié aux nationalistes flamands de la NVA. Le MR devient le premier parti wallon devant le PS, le CDH et Ecolo. Pour la première fois depuis longtemps, l'extrême-droite ne progresse plus dans aucune des trois régions ; le Vlaams Belang perd même un siège à la Chambre. Profitant de la médiatisation des problèmes environnementaux par Nicolas Hulot, Al Gore et la communauté scientifique, les partis écologistes progressent par rapport à leurs résultats de 2003 et 2004.

Guy Verhofstadt présente, le lendemain, la démission de son gouvernement au Roi, qui rencontre ensuite durant deux jours les présidents de la Chambre, du Sénat et des partis démocratiques. Comme il l'avait fait en 1999 et 2003, Albert II choisit, le 12 juin en soirée, un informateur francophone :  Didier Reynders (MR).

Le 16 juin, le prince Laurent et la princesse Claire assistent à l'hôtel de ville d'Anderlecht à l'hommage officiel rendu au député-bourgmestre libéral Jacques Simonet, décédé d'une crise cardiaque à l'âge de 43 ans. Au cours de sa carrière politique, il a été, entre autres, député fédéral, ministre-président de la région bruxelloise et secrétaire d'Etat aux Affaires européennes. Il laisse le souvenir d'un homme intelligent ayant beaucoup d'humour.

Après la démission d'Yves Leterme de son poste de ministre-président de la région flamande, son successeur Kris Peeters (CD&V) prête serment, le 28 juin, devant le Roi dans sa chambre de la clinique Saint-Jean à Bruxelles où il est hospitalisé suite à sa fracture du col du fémur. Afin de faire taire les critiques sur son cumul des mandats, Elio Di Rupo, président du PS et bourgmestre de Mons, laisse son poste de ministre-président de la région wallonne à Rudy Demotte. Parfait bilingue, ministre fédéral sortant des Affaires sociales, il bénéficie d'une bonne image en Flandre.

Trois semaines après sa nomination, l'informateur Didier Reynders remet, le 4 juillet, son rapport final au Roi après avoir organisé de nombreuses tables rondes et rencontré 450 personnes. Le lendemain, Albert II demande à son ancien premier ministre Jean-Luc Dehaene (CD&V) de faire un travail de médiation afin de faciliter la formation du futur gouvernement fédéral. Après avoir prôné une coalition entre les sociaux-chrétiens et les libéraux, il demande, le 15 juillet, à être déchargé de sa mission. Le Roi nomme ensuite formateur Yves Leterme du cartel CD&V/NVA, le parti ayant le plus de sièges à la Chambre.

Dans son discours du 21 juillet, Albert II choisit un ton consensuel et optimiste :  "A l'occasion de notre fête nationale, je vous ai souvent exhortés à faire des efforts pour dialoguer davantage avec les citoyens des autres communautés et pour en acquérir une meilleure connaissance. La diversité des cultures de notre pays, si elle est bien vécue, constitue un formidable atout. C'est donc avec beaucoup de joie que j'ai pris connaissance, ces derniers mois, de plusieurs initiatives citoyennes allant dans le sens d'une meilleure perception réciproque".

Après avoir mis en valeur plusieurs de ces initiatives (échange de journalistes entre "Le Soir" et "De Standaard", mobilité interrégionale des demandeurs d'emploi, Fonds Prince Philippe, accord de collaboration entre le Réseau des Arts à Bruxelles et le Brussels Kunstenoverleg, etc.), le Roi conclut :    "Toutes ces actions et bien d'autres encore contribuent à renforcer les liens entre habitants de nos régions et communautés, et à les rendre meilleurs citoyens de notre pays, de l'Europe et du monde. Comme l'écrivait une commissaire européenne originaire d'un pays proche, cela démontre comment la diversité culturelle d'un pays peut être source d'unité autour de visions et d'actions partagées. Lors de ma récente visite à New York aux Nations Unies, où notre pays participe aux travaux du Conseil de Sécurité, j'ai pu une nouvelle fois me rendre compte combien notre diversité culturelle est estimée internationalement, car elle nous permet de mieux comprendre d'autres cultures et de favoriser les rapprochements entre divers pays et populations. J'espère que ces initiatives citoyennes s'approfondiront et se multiplieront".

Le succès populaire des festivités organisées le 21 juillet à Bruxelles est cependant terni par les gaffes du formateur Yves Leterme (CD&V) qui est incapable de dire à un journaliste de la RTBF ce que commémore la fête nationale et lui chante les paroles de la "Marseillaise" au lieu de la "Brabançonne". Yves Leterme téléphone ensuite ave son GSM en plein Te Deum à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule. L'incident est largement répandu par Internet et les médias étrangers...

Après un mois de pénibles négociations au château de Val Duchesse, Yves Leterme rencontre Albert II le 17 août pour lui faire son quatrième rapport intermédiaire sur l'avancée de son travail. Vu les tensions communautaires entre les partis francophones et flamands, le Roi décide de suspendre les négociations et d'entamer de nouvelles consultations politiques avec les présidents des quatre partis de l' "Orange bleue" :  Jo Vandeurzen (CD&V/NVA), Didier Reynders (MR), Bart Somers (VLD) et Joëlle Milquet (CDH). L'ancien premier ministre Wilfried Martens déclare être agréablement surpris par cette initiative inattendue du souverain qu'il trouvait plus passif que son frère le roi Baudouin. Par contre, le président du SPA Johan Vande Lanotte et l'avocat Marc Uyttendaele (époux de la ministre socialiste Laurette Onkelinx) critiquent ce coup de pouce royal au formateur et estiment que le Roi manque de neutralité en ne rencontrant que les quatre partis de la future majorité. Le 19 août, Albert II reçoit à nouveau Yves Leterme et lui demande de mener des contacts informels avant de recommencer de nouvelles négociations. Mais le formateur jete l'éponge quatre jours plus tard.

Le 23 août, le souverain dîne pendant plus de trois heures au château du Belvédère avec son ancien informateur Didier Reynders et sollicite son aide pour trouver une ou deux personnalité(s) capable(s) de plaire aux quatre partis de l' "Orange bleue" et de trouver un compromis acceptable par le nord et le sud sur le plan communautaire. Il rencontre ensuite le 25 août le président de la Chambre Herman Van Rompuy et le président du Sénat Armand De Decker. On s'oriente alors vers la piste d'un tandem de médiateurs Herman De Croo (VLD)-Raymond Langendries (CDH), tous deux anciens présidents de la Chambre, mais Yves Leterme fait savoir en coulisses qu'il n'y est pas favorable.

Le Palais annonce le 27 août que  "dans le cadre de la crise politique, le Roi va recevoir successivement en audience certains ministres d'Etat qui ont une grande expérience des crises communautaires dans notre pays".  C'est la première fois depuis le début de son règne qu'Albert II fait appel de façon officielle aux conseils des ministres d'Etat, considérés comme "les sages du royaume". Il consulte durant trois jours successivement Guy Verhofstadt, Jean-Luc Dehaene, Wilfried Martens, Philippe Moureaux, Gérard Deprez, Willy Claes, Philippe Busquin, Jos Geysels, Charles-Ferdinand Nothomb, José Daras, Raymond Langendries, Herman De Croo et Louis Michel. Mme Antoinette Spaak, ministre d'Etat et ancienne présidente du Front des Francophones (FDF), confie à la presse qu'elle est déçue et blessée de ne pas avoir été conviée au château du Belvédère.

Au terme de ces audiences le 29 août, le Roi confie une "mission d'exploration" à Herman Van Rompuy, président de la Chambre et membre discret du CD&V/NVA, qui l'informe chaque semaine de son travail. Pendant un mois, il réussit à rétablir un climat de confiance entre les partenaires de l' "Orange bleue", mais n'obtient aucun résultat concret.

Le 29 septembre, Yves Leterme est renommé formateur par Albert II. Après quelques accords dans le domaine socio-économique, de nouvelles tensions communautaires surviennent le 7 novembre, lorsque les députés flamands votent la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde en commission de l'Intérieur de la Chambre. Les quatre partis démocratiques francophones décident d'entamer une procédure juridique appelée le conflit d'intérêt. La Fédération des Entreprises de Belgique s'empresse de mettre en garde "contre les conséquences économiques négatives de l'absence d'un gouvernement disposant de pleines compétences. Le préjudice porté à l'image de la Belgique à l'étranger s'aggrave. Chaque jour, les risques de voir les investissements reportés ou annulés augmentent. L'impact économique de cette situation ne se fera pas attendre longtemps".

Le lendemain, le Roi reçoit en audience Yves Leterme et lui demande de poursuivre sa tâche, vu que les quatre partis de l' "Orange bleue" ne réclamaient pas sa décision. Dans le communiqué diffusé par le Palais, il précise que  "la constitution rapide d'un gouvernement fédéral est importante pour le bien-être de tous les citoyens de notre pays, pour la crédibilité de la Belgique et sa nécessaire cohésion".  Albert II charge, par ailleurs, le président du Sénat Armand De Decker et le président de la Chambre Herman Van Rompuy de  "prendre une initiative afin d'entamer un dialogue sur la poursuite de l'élaboration équilibrée de nos institutions et un renforcement de la cohésion entre les communautés", selon ce communiqué royal exceptionnellement détaillé.

La situation étant à nouveau bloquée, le souverain reçoit, les 12 et 13 novembre, les présidents des partis démocratiques, puis à nouveau Armand De Decker et Herman Van Rompuy. Le Palais diffuse, dans la soirée du 13 novembre, ce communiqué :   "Il ressort des audiences du Roi de ces derniers jours que même s'il y a de nettes différences sur la méthode à suivre, il y a aussi une volonté largement partagée d'organiser un dialogue sur la poursuite de l'élaboration équilibrée de nos institutions et un renforcement de la cohésion entre les communautés".  Yves Leterme reste formateur, même si les négociations pour former un gouvernement sont arrêtées.

A l'initiative de Marie-Claire Houard, une citoyenne liégeoise, soutenue par l'asbl Pro Belgica et l'asbl BPlus, plus de 35.000 Flamands, Wallons et Bruxellois participent à la manifestation nationale organisée le 18 novembre à Bruxelles. Marie-Claire Houard remet à Armand De Decker la pétition trilingue en faveur de l'unité de la Belgique qu'elle a lancée en août 2007 et qui a récolté 140.000 signatures. Une Fête de l'Unité est ensuite organisée dans le parc du Cinquantenaire. Cette journée est le plus important rassemblement patriotique depuis le début de la crise politique. Une autre pétition bilingue pour le maintien de la solidarité entre les régions les plus riches et les plus pauvres du pays (donc le maintien de la sécurité sociale fédérale) est remise le 12 décembre au premier ministre Guy Verhofstadt. Lancée en Flandre, elle a recueilli 110.000 signatures, dont 60% de néerlandophones, et a été soutenue notamment par des professeurs d'université, des syndicalistes de la FGTB et de la CSC, ainsi que par des personnalités belges (Jan Decleir, Anne-Teresa De Keersmaecker, Hugo Claus, Geert Van Istendael, Jan Fabre, Axelle Red, Kim Gevaert, Jacques Mercier, Jaco Van Dormael, Luc et Jean-Pierre Dardenne, etc.). Par ailleurs, plus de 56.000 drapeaux belges ont été vendus durant le second semestre de 2007. Le précédent record (50.000) datait du décès du roi Baudouin en 1993.

Le 23 novembre, les présidents de la Chambre et du Sénat vont expliquer au Roi leur proposition de création d'une convention composée d'experts, de parlementaires, de membres des gouvernements fédéral, régionaux et communautaires. Yves Leterme n'arrive cependant pas à relancer les négociations au sein de l' "Orange bleue" et décide de démissionner le 1er décembre. Les néerlandophones accusent le CDH d'être responsable de cet échec, tandis que les francophones désignent la NVA (alliée du CD&V)...

Albert II rencontre ensuite, à trois reprises, le premier ministre sortant Guy Verhofstadt, qui accepte, le 3 décembre, de mener des contacts et de réfléchir à la manière de sortir de la crise politique que traverse la Belgique depuis six mois. Une semaine plus tard, le Roi le charge de former un gouvernement intérimaire pour gérer les dossiers urgents. L'accord tant attendu intervient dans la nuit du 18 au 19 décembre entre le CD&V/NVA, le VLD, le PS, le MR et le CDH. Le gouvernement Verhofstadt II prête serment devant le souverain le 21 décembre. Il compte 14 ministres et pas de secrétaire d'Etat. Yves Leterme est vice-premier ministre, ministre du Budget, de la Mobilité et des Réformes Institutionnelles.

Entretemps, à l'automne 2007, Mario Danneels publie "Les traumatisés du trône", un livre dans lequel il montre comment la monarchie est présentée au nord du pays. Dans la postface intitulée "Un regard flamand sur la famille royale", il écrit :   "Non seulement la famille royale est d'origine francophone, mais en plus, au cours de cette dernière décennie, elle a donné le sentiment d'avoir choisi, presque ouvertement, le camp des francophones et de se tenir sur ses gardes face à la communauté flamande. Par la force des choses, la Flandre se sent étrangère à sa famille royale. Elle lui tourne le dos parce qu'elle sent intuitivement que c'est ce que certains de ses membres ont fait à son égard".

Le journaliste Mario Danneels "oublie" d'écrire que pour la première fois dans l'histoire de la dynastie, le couple royal, ses enfants, beaux-enfants et petits-enfants parlent le néerlandais, et que le roi Albert II a une majorité de Flamands parmi ses proches collaborateurs. La princesse Mathilde vient d'une famille originaire de Flandre Occidentale et ses deux oncles ont fait de la politique au sein du CVP, le parti d'Yves Leterme. La jeune génération est scolarisée au collège Sint-Jan Berchmans (les enfants de la princesse Astrid n'ont même pas fréquenté un établissement francophone!). La petite Elisabeth est bilingue et suit des cours de danse en néerlandais dans le Brabant flamand. Des erreurs ont été commises dans le passé, mais on ne peut nier les efforts accomplis par la famille royale sous le règne actuel.

Albert II évoque la crise politique dans son discours de Noël 2007 :

"L'année qui s'achève a connu sur le plan politique incontestablement une période éprouvante. Heureusement, la créativité, le bons sens et l'esprit de compromis, qui sont des qualités bien belges, ont fini par l'emporter.

Comme l'écrivait si bien mon frère le roi Baudouin, lors d'une autre période difficile en 1981, et je cite :  "Je sais que l'épreuve est là, qu'elle apporte à beaucoup de nos compatriotes des inquiétudes et des souffrances, mais je sais aussi que c'est dans les temps difficiles que la Belgique réagit le mieux. J'ai fondamentalement confiance dans l'avenir de notre pays parce que je crois aux ressources des Belges lorsqu'ils sont acculés" (fin de citation).

Un gouvernement a pu être constitué pour régler des problèmes urgents. Une réforme et une modernisation de notre Etat fédéral seront mises en chantier. Je remercie toutes les personnes qui d'une manière ou d'une autre y ont contribué. Mais je pense aussi que les difficultés vécues comportent pour chacun des enseignements pour l'avenir. Je voudrais en partager quelques-uns avec vous.

Pour commencer, il est indispensable de développer et de renforcer les contacts et les échanges entre responsables dans tous les domaines, issus de communautés et régions différentes. On a parfois l'impression que nos relations sont plus organisées et plus structurées avec les pays étrangers qu'elles ne le sont à l'intérieur de notre propre pays. Dans un indispensable esprit d'ouverture, de respect mutuel et de tolérance, n'oublions pas nos voisins immédiats, citoyens d'un même pays. Encourageons entre eux le dialogue constructif. Il aidera chacun à écouter et à comprendre les sensibilités des uns et des autres, et à progresser ensemble.

Je l'ai déjà souvent dit mais je voudrais à nouveau insister avec force : il est nécessaire, surtout pour nos jeunes, de bien connaître la langue des autres communautés. C'est une forme de civisme que l'on a trop longtemps négligée. Et pourtant, c'est à l'évidence une condition première pour se comprendre et s'apprécier entre citoyens de communautés différentes. Les modes d'apprentissage des langues se sont tellement modernisés qu'il n'existe plus d'excuse pour ne pas entamer cet effort le plus tôt possible dans la vie. Par ailleurs, l'expérience montre que c'est un atout majeur dans la recherche d'un emploi.

L'effort de rapprochement nécessite aussi une forme de réconciliation entre communautés. Dans notre histoire, il y eut certainement des injustices collectives. Il importe de surmonter ces blessures et de tout faire pour favoriser l'entente afin de construire ensemble un avenir commun. Après tout, la construction européenne elle-même n'est-elle pas basée sur une volonté de réconciliation?

Enfin, je pense que nous devons tous ensemble nous engager dans la réalisation de projets mobilisateurs. Tout d'abord, il me semble possible de devenir, au sein de l'Europe en marche, un exemple de société où diverses cultures vivent harmonieusement ensemble dans une même entité, et s'y enrichissent mutuellement. Cela n'est pas un rêve impossible. Comme je vous l'ai dit le 21 juillet dernier, j'en vois déjà bien des signes dans nos régions et communautés, dans différents milieux culturels, sociaux, économiques ou universitaires, aussi bien chez les jeunes que chez les aînés. Il importe de les multiplier et de les renforcer. Etre attaché à son identité régionale ou communautaire, promouvoir l'entente au sein de son pays, et oeuvrer à l'Europe de demain sont des objectifs parfaitement compatibles.

A côté de cela, il y a, dans d'autres domaines, tant de projets mobilisateurs à réaliser ensemble. Je ne vous en cite que deux qui me tiennent particulièrement à coeur. Sur le plan du développement, la Belgique peut contribuer à améliorer les conditions de vie des populations du tiers-monde et en particulier celles des habitants de l'Afrique centrale qui furent déjà tellement éprouvés. Mais aussi dans notre pays, tout en dynamisant notre économie, il est nécessaire de lutter efficacement contre la pauvreté. En effet, celle-ci se développe sous des formes parfois nouvelles et préoccupantes, et nous devons renforcer et adapter nos moyens pour la combattre".

mercredi 11 juillet 2012

L'action du Fonds Princesse Mathilde en 2011

Le Prix Princesse Mathilde 2011 (d'une valeur de 10.000 euros) était consacré à la lutte contre la pauvreté infantile chez les 0-3 ans. Il a été remis au palais royal par la princesse Mathilde à l'asbl Buurtwerk 't Lampeke située à Louvain. Cette asbl travaille depuis 20 ans avec des enfants défavorisés et leurs familles. Ils ont été sélectionnés par un jury indépendant d'experts et d'élèves du secondaire.

Lors de la remise de ce prix, la princesse a prononcé le discours suivant :

"Investir dans la prévention de la pauvreté infantile, c'est également investir dans l'avenir de notre société. Actuellement, l'approche préventive de cette problématique est insuffisante. La pauvreté d'enfants en bas âge est le plus souvent invisible. Et les enfants qui sont confrontés à la pauvreté vivent dans un monde rude. Ce n'est donc pas une surprise si le Fonds qui porte mon nom a surtout voulu concentrer son action sur les parents et les jeunes enfants. Tout d'abord, les expériences acquises dès le plus jeune âge ont une influence prépondérante sur le développement futur et déterminent dans une large mesure la capacité de l'enfant à s'adapter à de nouvelles expériences de vie. En outre, il est évidemment plus aisé de donner une orientation positive au développement d'un jeune enfant que de devoir remédier à un comportement qui pose déjà problème depuis des années et découle d'expériences négatives issues du passé. Et enfin, il est plus efficace de soutenir la santé et d'appuyer les élements positifs de la relation entre le jeune enfant et ses parents que de s'efforcer de rendre la santé à un enfant dont le développement est déjà problématique depuis longtemps.

Il est généralement admis que la petite enfance - en particulier les trois premières années - est déterminante pour le développement de l'enfant. En s'attaquant au plus tôt à la pauvreté, on donne aux enfants davantage de chances de réussite dans leur vie ultérieure et on fournit aux familles de meilleurs leviers pour s'extraire du cercle vicieux de la pauvreté générationnelle. En effet, les enfants issus de familles pauvres sont simultanément exposés à plusieurs risques susceptibles de compromettre leur développement tant au niveau physique, social, émotionnel qu'au niveau cognitif. Ils ont moins de réseaux sociaux que les enfants élevés au sein d'une famille dont les revenus sont plus confortables. Et les réseaux dont ils disposent s'avèrent moins solides et ne leur procurent pas le même soutien. Il est vrai qu'ils habitent souvent dans un environnement qui n'incite pas à ce genre de contacts. Pourtant, pris individuellement, aucun des facteurs de risque ne constitue en soi une menace pour le développement de ces enfants. Des études ont établi que c'est surtout l'accumulation des risques auxquels ils sont exposés qui constitue la menace principale. Les projets qui tentent de leur venir en aide à quelque niveau que ce soit, ont en tout cas le mérite de contribuer à réduire cette accumulation. De plus, ils peuvent raccourcir la période durant laquelle ces jeunes enfants sont confrontés à la pauvreté. Les enfants qui ont connu une situation de pauvreté temporaire sont en effet moins durement touchés que ceux qui doivent faire face à une pauvreté chronique. Notre attention est requise pour élargir ou renforcer les interventions qui aident les familles concernées à exploiter leurs propres forces. Celles-ci offrent aux parents une chance exceptionnelle de fournir des repères fiables à leurs enfants.

C'est pour cette raison que le Fonds Princesse Mathilde souhaite mettre en exergue l'importance d'une formation de qualité et d'un haut niveau d'expertise des professionnels du secteur de l'enfance que le travail de première ligne met en présence de familles défavorisées. On constate que ces professionnels sont souvent insuffisamment formés pour pouvoir venir en aide de manière adéquate aux familles qui vivent dans la pauvreté.

La remise du prix de ce jour est une nouvelle étape, mais n'est certainement pas la fin du parcours dans lequel nous nous sommes engagés voici plus d'un an afin d'attirer l'attention sur la problématique de la pauvreté touchant les jeunes enfants et leur famille. Le lancement de l'appel aux projets a été précédé, l'an dernier, d'un atelier rassemblant des acteurs de terrain, des témoins du vécu, des professionnels de l'assistance ainsi que le secteur de l'enseignement. Cet atelier, à la fois clarifiant et confrontant, avait mis en lumière l'importance des compétences ainsi que des aptitudes et attitudes spécifiques dans la formation de professionnels s'occupant d'enfants de 0 à 3 ans. Il faut en effet un regard attentif et une bonne dose d'empathie pour d'une part capter en temps utile les signaux révélateurs de la pauvreté et d'autre part y réagir de manière adéquate. Les personnes dont la profession les met en contact avec des enfants et des jeunes défavorisés ont donc tout intérêt à mieux saisir ce qu'implique la pauvreté et à mieux comprendre le quotidien de ces jeunes.

Il est important que la formation vise à stimuler le développement de l'enfant dans son entièreté. Cela implique l'apprentissage d'une attitude adéquate vis-à-vis de l'enfant et des parents, une concertation régulière entre collègues et le recours à des personnes ou instances extérieures. Mais la route est encore longue, car rares sont les services qui savent comment approcher les groupes défavorisés tout en disposant des connaissances nécessaires pour assurer l'appui éducationnel et familial, et organiser des activités stimulant le développement de jeunes enfants. L'année dernière s'est tenue au niveau européen une réflexion au sujet de la pauvreté infantile et du bien-être des enfants. La conférence européenne consacrée à ce thème, organisée sous l'égide de la présidence belge du Conseil de l'Union Européenne et à laquelle le Fonds a également pris part, retint comme recommandation l'établissement de critères univoques pour les qualifications requises des professionnels employés par les services compétents pour la petite enfance.

La force des projets sélectionnés aujourd'hui réside dans le fait qu'ils partent d'aptitudes existantes dans la famille confrontée à la pauvreté et qu'en renforçant ces aptitudes, ils encouragent le lien positif entre l'enfant et les membres de la famille. Toutes les familles, et donc aussi les familles pauvres, aspirent à être traitées avec respect, sans se sentir accusées, voire menacées en raison de la pauvreté à laquelle elles doivent faire face. De plus, nous savons que celui ou celle qui s'occupe de l'enfant prend également en charge les autres membres de la famille. Des résultats positifs ne bénéficieront donc pas seulement aux jeunes enfants auxquels ces projets sont principalement destinés, mais ils induiront également une évolution positive pour les parents ainsi que pour les frères et soeurs. Nous espérons que le projet gagnant symbolisera la réaction en chaîne positive que nous entendons encourager, à savoir que de jeunes enfants vivant dans la pauvreté puissent croître dans une famille devenue plus forte grâce à l'aide de la société : que ce soit en stimulant les aptitudes des parents, grâce à l'aide d'autres parents au sein de réseaux sociaux locaux, ou encore avec l'appui de professionnels de l'assistance qui, au cours de leur formation, ont attaché une importance particulière à la pauvreté et, surtout, se sont forgé une expérience pratique en consultant des personnes connaissant la problématique pour l'avoir vécue elles-mêmes.

Tout comme l'an dernier, c'est un jury de jeunes qui a désigné le lauréat. Le Fonds attache en effet une grande importance à l'apport des jeunes aux débats qui les concernent directement. Je remercie les élèves du Sint-Jozefinstituut de Hamme et ceux de l'Institut Notre-Dame de Thuin pour le sérieux et l'engagement dont ils et elles ont fait preuve en s'acquittant de leur tâche. Le professeur Adriaenssens a déjà fait longuement référence au dixième anniversaire que fête aujourd'hui le Fonds Princesse Mathilde. Durant toutes ces années, le Fonds a oeuvré avec simplicité et efficacité à faire sortir de l'ombre les personnes vulnérables et à leur permettre de faire entendre leur voix. Ma famille a toujours été source d'inspiration et d'encouragement pour donner à l'aspect de l'éducation une place de choix dans nos activités. Mais bien plus important encore est le fait que le Fonds ait pu bénéficier, tout au long de la décennie écoulée, de l'appui, des conseils et de l'assistance de tant de personnes. Je leur en suis très reconnaissante".

Ajoutons que le 8 novembre 2011, la princesse Mathilde a effectué deux visites dans le cadre de l'appel à candidatures pour le Prix Princesse Mathilde 2012, consacré à nouveau à la pauvreté infantile : elle s'est rendue à la Maison de la Parentalité à Péruwelz (province de Hainaut) et à l'asbl De Bakermat à Louvain (province de Brabant flamand).

mardi 3 juillet 2012

Activités royales en juin 2012

11 audiences pour le Roi :  le premier ministre Elio Di Rupo (reçu 3 fois), le président du Bundesrat allemand Horst Seehofer, le secrétaire d'Etat à la Fonction Publique Hendrik Bogaert, le secrétaire d'Etat à la lutte contre la fraude fiscale John Crombez, le secrétaire d'Etat aux Affaires sociales Philippe Courard, ainsi que les ambassadeurs de Jamaïque, Comores, Samoa et Malte.

7 activités officielles pour le Roi :  inauguration du projet Diabolo de la SNCB, représentation de "Il Travatore" de Verdi, inauguration des nouveaux locaux de l'Alliance Française, remise du Prix Francqui 2012, inauguration à Liège de l'exposition sur les Golden Sixties, concert de clôture du Concours Musical Reine Elisabeth, réception pour les nouveaux ambassadeurs.

9 activités officielles pour la reine Paola :  10ème anniversaire du Concertgebouw à Bruges, réunion de travail à la Croix Jaune et Blanche, accompagnement d'une infirmière dans sa tournée en Flandre orientale, représentation de "Il Travatore" de Verdi, remise des Prix Reine Paola pour l'Enseignement, concert de clôture du Concours Musical Reine Elisabeth, inauguration à Liège de l'exposition sur les Golden Sixties, réception pour les nouveaux ambassadeurs, audience pour l'ambassadeur des Comores.

1 activité officielle pour la reine Fabiola :  concert des 4ème, 5ème et 6ème lauréats du Concours Musical Reine Elisabeth.

45 activités officielles pour le prince Philippe :  audience pour l'Association Royale des Cultivateurs de Fraises de Beervelde, journée belge à l'Exposition Internationale de Yeosu, remise des prix 2012 du Fonds Prince Philippe, funérailles du prince héritier d'Arabie Saoudite, audience pour la Société Royale des Cultivateurs Liégeois du Choupin, audience pour le ministre indien du Commerce, visite de la Haus Harna à Lontzen, visite du projet Work and Job à Eupen, visite de la rédaction de Grenz-Echo à Eupen, réception au ministère de la communauté germanophone à Eupen, audience avec le ministre vietnamien des Affaires étrangères, 60ème anniversaire du Centre d'étude et de l'énergie nucléaire à Mol, 60ème anniversaire de l'Organisation Mondiale des Douanes  + 32 activités officielles lors de la mission économique au Japon (visite du sanctuaire Meiji, visite du siège de Janssen Pharmaceutica à Tokyo, rencontre avec les princes héritiers du Japon, visite de la Croix-Rouge japonaise, séminaire "L'environnement de l'UE et la réglementation de l'énergie", clôture du Yes Programm à l'ambassade belge, cérémonie de signature de contrats à l'Okura Hotel, réception à l'Okura Hotel, visite de la Japan Vaccine Company, rencontre des responsables d'All Nipon Airways, lunch à la Fédération des organisations économiques japonaises, visite du siège de NYK, cocktaïl Connecter Collaborer Innover, dîner avec l'empereur et l'impératrice du Japon, cocktaïl à l'ambassade belge avec des entrepreneurs japonais, déjeuner-réunion à la Chambre belgo-luxembourgeoise de commerce au Japon, inauguration du nouveau siège d'UCB au Japon, lunch avec des investisseurs japonais, 2ème cérémonie de signatures de contrats, rencontre avec le ministre de l'Economie, rencontre avec le ministre de la Santé, visite de Panasonic Corporation à Osaka, décoration du président de Fuji Oil Company, lunch organisé à Osaka par Umicore, visite du siège de Daikin Corporation, ouverture de la Belgian Beer Weekend Osaka 2012, cérémonie de signatures de contrats à Osaka, clôture d'un séminaire sur les sciences de la vie, dîner d'affaires gatronomique conçu par des chefs belges, dîner offert par le gouverneur et le maire de Kyoto, visite du jardin impérial de Sento, clôture d'un atelier organisé par l'Awex).

24 activités officielles pour la princesse Mathilde :  remise des prix de la Fondation Futur 21, réception pour les nouveaux ambassadeurs, remise des donations de l'asbl United Fund for Belgium, visite de la Haus Harna à Lontzen, visite du projet Work and Job à Eupen, visite de la rédaction de Grenz-Echo à Eupen, réception au ministère de la communauté germanophone à Eupen, 60ème anniversaire de l'Ecole Royale de Ballet d'Anvers  + 16 activités officielles lors de la mission économique au Japon (visite du Nezu Museum à Tokyo, session informative de début de mission pour toute la délégation, visite du sanctuaire Meiji, rencontre avec les femmes de la délégation, renconte avec les princes héritiers du Japon, visite de la Croix-Rouge japonaise, séminaire Belgian Higher Education Networking Event, réception à l'Okura Hotel, rencontre avec des musiciens japonais ayant étudié en Belgique, lunch à l'Université Médicale et Dentaire de Tokyo, visite de l'Université Bunka Gakuen, dîner avec l'empereur et l'impératrice du Japon, cocktaïl à l'ambassade avec des entreprises japonaises, visite à Sendai à des sinistrés du tsunami, visite à Higashi à des sinistrés du tsunami, dîner avec des jeunes Belges installés au Japon).

3 activités officielles pour la princesse Astrid :  inauguration d'un nouvel hôpital de jour à Vlezenbeek, concert de clôture du Concours Musical Reine Elisabeth, inauguration d'une rue Fulco Ruffo di Calabria à Lugo (Italie).

1 activité officielle pour le prince Lorenz :  inauguration d'une rue Fulco Ruffo di Calabria à Lugo (Italie).

3 activités officielles pour le prince Laurent :  Eventy Military à Tongres, inauguration du Libramont Exhibition Congress Center, sommet de Rio sur l'environnement.

2 activités officielles pour la princesse Claire :  réunion de travail au port de Bruxelles avec la Fondation Pro Renovassistance, défilé du couturier Edouard Vermeulen (fournisseur breveté de la Cour) au château de Westerloo.

Résumé des activités officielles au cours du premier semestre 2012 (de janvier à juin) :

Prince Philippe :  125 activités officielles

Princesse Mathilde :  112 activités officielles

Roi :  31 activités officielles + 61 audiences

Reine Paola :  38 activités officielles

Princesse Astrid :  38 activités officielles

Princesse Claire :  16 activités officielles

Reine Fabiola :  15 activités officielles

Prince Laurent :  15 activités officielles

Prince Lorenz :  11 activités officielles

dimanche 1 juillet 2012

10 ans de présidence d'honneur de Child Focus pour la reine Paola (2002-2012)

Au printemps 2002, le centre Child Focus pour enfants disparus demande à la reine Paola d'en être la présidente d'honneur. Jean-Denis Lejeune (papa de Julie et collaborateur du centre) justifie ce choix à la presse :   "C'est toujours une grande fierté pour une organisation d'avoir comme présidente d'honneur un membre de la famille royale. La Reine a accepté tout de suite la proposition. Elle s'était déjà montrée très attentive et à l'écoute quand on avait été reçus en 1996 au palais. La Reine avait alors manifesté un intérêt très maternel par rapport aux événements. Le Roi et la Reine étaient aussi venus à la création de Child Focus. Elle a également parlé de nous en Pologne. La Reine a visité à plusieurs reprises le centre. Cette présidence d'honneur est donc un aboutissement logique et une très belle reconnaissance du travail qui est effectué en interne".

Quelques semaines plus tard, en tant que présidente d'honneur de Child Focus, la reine Paola organise une réception au palais royal à la veille de la Journée Internationale des Enfants Disparus, au cours de laquelle elle prend la parole :    "Rien n'est plus déchirant que la souffrance de parents confrontés à la disparition ou à la perte de leur enfant. Le Roi et moi-même avons été très secoués par les terribles événements de 1996. En tant que parents, nous avons ressenti personnellement la peine et le désespoir des familles d'enfants assassinés ou maltraités. Nous n'oublierons jamais les rencontres personnelles avec les familles ; elles restent dans nos coeurs.

Les débats de la table ronde qui ont eu lieu en 1996 ici dans cette salle même du palais ont donné au Roi et à moi-même, ainsi qu'au ministre de la Justice, l'opportunité de témoigner notre solidarité aux familles touchées. Nous voulions également inciter toutes les personnes concernées à entreprendre des actions concrètes contre la maltraitance des enfants. Depuis lors, le Roi et moi avons, par des contacts réguliers et des visites, maintenu un contact avec les organisations et les autorités qui s'engagent dans la protection des enfants. Je tiens ici à exprimer mes remerciements à tous ceux - et ils sont nombreux, tant auprès des autorités que dans la société civile - qui dans notre pays oeuvrent au bien-être des enfants et combattent activement la maltraitance des enfants.

Dans ce contexte, je veux rendre hommage à Child Focus qui depuis quatre ans met tout en oeuvre pour retrouver des enfants disparus et combattre leur exploitation sexuelle. Je suis personnellement motivée par cette mission. C'est pourquoi j'ai volontiers accepté la présidence d'honneur de notre organisation. Dans cette fonction, je tâcherai de promouvoir au mieux nos projets en Belgique, mais aussi l'indispensable coopération au niveau international. En effet, la maltraitance, l'exploitation, les rapts sont des phénomènes internationaux. Nous devons développer une riposte coordonnée et globale à ces terribles fléaux qui s'attaquent aux enfants. Ce fut également un objectif de la présidence belge de l'Union Européenne, et je sais que la Commission Européenne y est très attentive.

Le travail de Child Focus montre que la vigilance de chacun s'impose plus que jamais. Comme notre président vient de le rappeler, le nombre de dossiers traités en 2001 s'est accru de 15% par rapport à l'année 2000. Cela s'explique en partie par la plus grande notoriété de Child Focus et par la confiance qu'inspire notre organisation, mais c'est aussi la conséquence d'un accroissement réel du phénomène des disparitions et de l'exploitation sexuelle d'enfants.

Les résultats obtenus par Child Focus sont en partie le fruit d'une bonne coopération entre les autorités et la société civile. Des accords concrets ont été mis en oeuvre, notamment avec les instances judiciaires et policières et avec des partenaires privés. Mais notre action ne serait pas possible sans l'engagement de plus de mille volontaires dans notre pays. Ceux-ci assurent, entre autres, la distribution rapide et efficace des affiches et d'autres données concernant des enfants disparus. Je tiens à les remercier de tout coeur pour leur magnifique travail et leur engagement personnel".

En tant que présidente d'honneur de Child Focus, la reine Paola a fait visiter le centre à la reine Rania de Jordanie, au président de la Commission Européenne Romano Prodi, à l'épouse du secrétaire-général des Nations Unies Mme Kofi Annan, à Mmes Alexander Kwasniewski, Horst Köhler et Jorge Sampaio (respectivement Premières Dames de Pologne, Allemagne et Portugal).

En 2003, elle a organisé une réception au palais royal pour le 5ème anniversaire de Child Focus et elle a assisté au concert donné par l'Orchestre National de Belgique au profit du centre lors de la Journée internationale des droits de l'enfant le 20 novembre 2003. Le directeur de Child Focus Jacques Debulpaepe a été anobli par le roi Albert II.

Ce n'est pas un hasard si la Fondation Roi Baudouin octroie depuis 1998 un soutien annuel financier de 150.000 euros à Child Focus. En 2004, la Fondation Roi Baudouin et Child Focus (deux institutions proches de la famille royale) collaborent ensemble, afin d'éditer un rapport de 202 pages sur le profil et le vécu des fugueurs en Belgique. Cette étude recherchait les causes de ce problème et espérait ainsi jeter les bases d'une politique efficace de prévention et d'assistance.

Quinze ans après la signature de la Convention des Droits de l'Enfant, la reine Paola prend l'initiative d'organiser le 23 novembre 2004 une journée de réflexion à Bruxelles. L'objectif était, d'une part, d'examiner l'avancement de la lutte contre les abus d'enfants en Europe et, d'autre part, d'inciter d'autres pays européens à créer des centres équivalents à Child Focus et d'intensifier la coopération entre ces centres. Cette journée était organisée en collaboration avec la Fédération Européenne pour Enfants Disparus et Sexuellement Exploités et la ministre de la Justice Laurette Onkelinx. La reine Paola avait invité Mme Bernadette Chirac (Première Dame de France), la princesse héritière Viktoria et la reine Silvia de Suède, Mme Jolanta Kwasniewska (Première Dame de Pologne). La princesse Astrid était également présente.

Cette journée débuta par un déjeuner de travail au château de Laeken. Dans l'après-midi, une séance académique eut lieu au palais royal de Bruxelles. La Fédération Européenne pour Enfants Disparus et Sexuellement Exploités était composée en 2004 de 19 organisations non gouvernementales représentant 15 pays européens, dont plusieurs présentèrent leurs actions. Son but est de coordonner en Europe la lutte contre les disparitions et l'exploitation sexuelle des enfants et de faire pression sur les institutions nationales et européennes afin qu'ils prennent les mesures nécessaires.

Président de la Fédération et de Child Focus, proche de la Cour, Daniel Cardon de Lichtbuer plaida pour que les numéros des centres soient simplifiés partout en Europe (en Belgique, c'était le 110) et que chaque pays bénéficie d'un travail collectif centralisé plutôt que d'une multitude d'organisations. Il insista aussi sur une nécessaire coordination entre les législations des Etats. Enfin, tous les participants dénoncèrent les dangers d'Internet, sur lequel entre 600.000 et 700.000 sites pédophiles ont été recensés en 2004.

Le 19 octobre 2006, la reine Paola offre une réception au palais royal au comité directeur du Centre International pour Enfants Disparus et Sexuellement Exploités qui tenait sa réunion annuelle à Bruxelles.

A la demande de la Reine, Bernadette Chirac organise une réunion du comité honoraire du Centre International pour Enfants Disparus et Sexuellement Exploités (ICMEC) le 17 janvier 2007 au palais de l'Elysée à Paris. Elle se situait dans le prolongement de la réunion organisée en novembre 2004 au palais royal de Bruxelles. La journée a commencé par l'accueil des invitées d'honneur par Bernadette Chirac :   la reine Paola des Belges, la reine Silvia de Suède, Mmes Laura Bush, Lioudmila Poutine et Suzanne Moubarak (respectivement Premières Dames des Etats-Unis, de Russie et d'Egypte), Margarida Barroso (épouse du président de la Commission Européenne), Valentina Matvienko (gouverneur de Saint-Pétersbourg) et Jolanta Kwasniewska (épouse de l'ancien président polonais).

Après une réunion à huit clos du comité d'honneur de l'ICMEC et une photo de famille sur les marches de l'Elysée, un déjeuner était offert par le président de la République Jacques Chirac et son épouse, avant l'importante réunion internationale de l'après-midi sur la protection des enfants disparus et sexuellement exploités. Au cours de cette réunion, Elie Wiesel (Prix Nobel de la Paix 1986) a évoqué la responsabilité de la société dans la protection de l'enfant. Ronald K. Noble, secrétaire général d'Interpol, a expliqué la lutte contre la pédophilie sur Internet. La commissaire européenne Viviane Reding a parlé de l'aide aux victimes et du numéro unique européen pour les enfants disparus. La conclusion a été prononcée par Franco Frattini, vice-président de la Commission Européenne, en charge de la justice, de la liberté et de la sécurité. Dans l'assistance, on notait la présence de la présidente du Sénat belge Anne-Marie Lizin, du délégué général aux droits de l'enfant en communauté française Claude Lelièvre et du président de Child Focus Daniel Cardon de Lichtbuer. Cette journée de Paris aura permis une réalisation positive :  la création d'un numéro de téléphone unique pour les enfants disparus dans toute l'Union Européenne (116000). Il sera opérationnel durant l'année 2007.

Un mois après cette réunion, la reine Paola visite, en février 2007, la Federal Crime Computer Unit de la Police Fédérale à Bruxelles. Elle souhaitait être informée des différents aspects de la lutte contre la pornographie sur Internet. Lors de son voyage d'Etat en Lettonie, notre souveraine n'a pu retenir ses larmes durant la visite d'un centre pour enfants maltraités dès l'âge de 3 ans. La Reine a profité de son passage à New York le 14 mai 2007 pour discuter avec les hauts dirigeants de l'Unicef de la traite et des violences faites aux enfants et aux femmes, ainsi que de la problématique des enfants-soldats.

Contrairement aux monarchies scandinaves qui célèbrent les anniversaires par des bals, fêtes et croisières en présence de tout le Gotha, la reine Paola organise, à l'occasion de ses 70 ans, une réception dans le domaine de Laeken pour 800 personnes s'investissant en faveur de la protection de l'enfance. Ce choix n'est pas anodin car c'est un combat pour lequel la souveraine est très engagée. Les invités sont conviés le 2 septembre 2007 à une promenade dans le parc royal de Laeken, à un spectacle de la troupe Les Baladins du Miroir et à une réception dans les serres. De nombreuses associations avaient été invitées :  Child Focus, l'Oeuvre Royale des Berceaux Princesse Paola, la section belge de l'A.M.A.D.E., l'asbl Lucia, SOS Villages d'Enfants-Belgique, l'asbl Pag-Asa, etc. La présence de Paul et Betty Marchal, les parents d'An, rappelaient les rencontres entre le couple royal et les parents d'enfants disparus lors de l'affaire Dutroux en 1996.

Dans l'orangerie, la Reine félicite et remercie ses invités dans son discours :   "J'ai pu me rendre compte ces dernières années combien d'enfants sont confrontés à des situations particulièrement poignantes, ou vivent dans des conditions inadmissibles. Plus encore qu'avant, je suis maintenant convaincue que toutes les composantes de la société, parents, autorités, organisations non gouvernementales, associations et écoles, doivent collaborer afin de combattre l'une des plus grandes injustices au monde. Travailler ensemble à un meilleur avenir pour les enfants en difficulté, c'est le plus beau cadeau que vous puissiez m'offrir".

 Pour les 10 ans du centre Child Focus qui a été opérationnel au printemps 1998, la reine Paola, le premier ministre Guy Verhofstadt, la ministre de la Justice Laurette Onkelinx, son prédécesseur à l'époque de l'affaire Dutroux Stefaan De Clerck, les parents d'An Marchal assistent à la fête organisée à cette occasion au palais des Académies à Bruxelles. En dix ans, le numéro de téléphone gratuit de Child Focus a enregistré près de 350.000 appels pertinents et le centre a traité plus de 30.000 dossiers relatifs à des disparitions et à de la maltraitance sexuelle. Deux tiers des dossiers concernent des fugues :  8.800 enfants sont partis en dix ans de chez eux ou de l'institution dans laquelle ils séjournaient. Plus de 3.300 parents ont également fait appel à Child Focus pour récupérer leur enfant, enlevé et emmené à l'étranger par leur conjoint. Child Focus profite de cet anniversaire pour officialiser la succession de Jean-Louis Duplat au baron Daniel Cardon de Lichtbuer en tant que président du conseil d'administration.

En février 2008, la Reine assiste à Namur à  "Père, Mère...Quelle galère!?", une pièce de théâtre écrite par Dirk Dobbeleers et Marc Hendrickx. Le Théâtre de la Marquise présente dans les écoles ce spectacle sur la problématique de la fugue. Ce projet a été mené en collaboration avec le centre Child Focus et l'Educatief Theater Antwerpen. Une semaine plus tard, Paola se rend à l'asbl Payoke à Anvers, un centre d'accueil et d'accompagnement pour les victimes du trafic d'êtres humains qu'avait visité le roi Baudouin peu de temps avant sa mort. En décembre, la Reine s'informe du parcours d'un mineur non-accompagné dès son arrivée en Belgique à l'aéroport national de Zaventem.

 Après Bruxelles en 2004 et Paris en 2007, c'est au Caire en Egypte qu'a lieu, en février 2009, la réunion du comité honoraire du Centre International des Enfants Disparus et Sexuellement Exploités (ICMEC). La reine Paola était entourée de Suzanne Moubarak (Première Dame d'Egypte), de la princesse Lalla Meryem du Maroc, de Valentina Matfinco (gouverneur de Saint-Pétersbourg), de Margharida Barroso (épouse du président de la Commission Européenne), de Bernadette Chirac (épouse de l'ancien président français) et de la Cheika Sabika Bint Ibrahim (épouse du roi du Bahreïn). Au terme de cette journée de réunions, le comité honoraire de l'ICMEC a plaidé en faveur d'un traitement efficace de toutes les formes d'exploitation des enfants, notamment à travers une révision régulière des législations existantes et le développement de nouveaux procédés pour qu'Internet ne soit pas utilisé à mauvais escient.

D'autres activités sur le même thème ont eu lieu en 2009. Lors de leur voyage d'Etat en Roumanie, la Reine visite l'équivalent roumain de Child Focus. Le 18 octobre, les reines Paola et Silvia de Suède assistent à la conférence ministérielle organisée à Bruxelles sur la lutte européenne contre le trafic d'êtres humains. Un mois plus tard, elles se retrouvent à Stockholm en Suède pour le 20ème anniversaire de la Déclaration des Droits de l'Enfant, en présence de la reine Béatrix des Pays-Bas, de la grande-duchesse Maria-Teresa de Luxembourg, de la reine Sophie d'Espagne, de la princesse Mette-Marit de Norvège et de la princesse Katherine de Serbie.

Les 17 et 18 novembre 2010, c'est au tour de Paola d'organiser au palais royal de Bruxelles la conférence "Les enfants vulnérables en situation d'errance : un défi européen", dans le cadre de la présidence belge de l'Union Européenne. Celle-ci a lieu en partenariat avec le ministère de la Justice, Child Focus et Missing Children Europe. Outre 120 experts et autorités venus de toute l'Europe, on note la présence autour de la Reine des princesses Mathilde, Astrid et Claire, de l'infante Cristina d'Espagne, de la reine Silvia de Suède, de la duchesse Brigitte de Gloucester, de Bernadette Chirac (ancienne Première Dame de France), de Margharida Barroso (épouse du président de la Commission Européenne), de Vaira Vike-Freiberga (ancienne présidente de Lettonie) et de Geertrui Van Rompuy (épouse du président du Conseil Européen). Ces invitées d'honneur sont reçues par le roi Albert II d'une part, et le président de la Commission Européenne José Manuel Barroso d'autre part. Ces deux journées de conférence se clôturent par le lancement d'un comité de parrainage pour Missing Children Europe, dont fait partie la reine Paola.

Dans son discours, elle attire l'attention sur les fugues :   "En dépit du grand nombre de fugues, très peu d'attention est portée à cette problématique, et c'est pourquoi nous avons souhaité la traiter au cours de cette conférence. C'est un thème banal, me direz-vous, la fugue des adolescents. Tant passent par là et la plupart reviennent dans les 48h à la maison. En effet, près de 50% des dossiers traités par Child Focus chaque année concernent des fugues. Et heureusement, la plupart des jeunes rentrent chez eux, sans avoir rencontré de problèmes majeurs. Mais parmi ce nombre important de fugueurs, beaucoup se retrouvent tout de même dans des situations à risques, parce qu'ils sont victimes de mauvaises fréquentations sur Internet avant leur fugue, parce qu'ils ne sont pas suffisamment attentifs aux dangers. De plus, la facilité des communications, l'ouverture des frontières, la monnaie unique sont autant de facteurs qui accroissent les pièges qui les guettent. Et le plus grand groupe de fugueurs ont entre 13 et 15 ans!".

A l'occasion de la Journée Internationale des Enfants Disparus 2011, la Reine assiste en matinée à l'événement festif organisé par Child Focus pour 300 enfants au pied de l'Atomium, et en soirée à un dîner pour les 10 ans de Missing Children Europe. En mars 2012, elle reçoit au palais royal le comité de parrainage et le conseil d'administration de Missing Children Europe (c'est-à-dire la Fédération Européenne pour Enfants Disparus et Sexuellement exploités) qui regroupe  23 ONG soeurs (dont Child Focus) dans 16 pays européens.