lundi 25 février 2013

Le rôle politique du roi Albert II en 2011

Le Roi ne sera pas entendu :  le ministre d'Etat Johan Vande Lanotte ne parvient pas à trouver un accord entre les sept partis (PS, NVA, SPA, CDH, CD&V, Ecolo et Groen) et demande à être déchargé de sa mission en janvier 2011. Le 2 février, Albert II désigne un nouvel informateur, le vice-premier ministre Didier Reynders, afin de trouver une autre coalition de partis pour former le nouveau gouvernement. La famille libérale est désormais invitée à participer aux négociations. Parallèlement, le Roi demande au gouvernement sortant d'Yves Leterme de préparer le budget 2011 et de le présenter au Parlement.

Philippe Moureaux, vice-président du PS et bourgmestre de Molenbeek, déclare le 18 février au journal "La Libre Belgique" :  "Heureusement qu'on a encore un chef de l'Etat qui a beaucoup de patience, qui réussit chaque fois à remettre la machine en marche. Faisons-lui confiance. Il a aujourd'hui des pouvoirs que le roi des Belges n'a plus eus depuis des dizaines d'années. Même les partis de gauche applaudissent parce qu'ils préfèrent cela au vide. C'est un paradoxe extraordinaire. Et je suis de ceux qui applaudissent sans réticence. On a besoin de cela pour le moment. Et j'espère qu'il continuera avec le même talent".

Après la mission d'information de Didier Reynders, Albert II charge, le 2 mars, le jeune président du CD&V Wouter Beke de relancer les négociations sur la prochaine réforme de l'Etat.

Pendant ce temps, le Palais est confronté à la sortie de "Belgique, un roi sans pays". L'initiative est intéressante à double titre : consacrer tout un ouvrage au rôle politique d'Albert II (ce qui n'avait jamais été fait) et confier sa rédaction à un journaliste francophone (Martin Buxant de "La Libre Belgique") et à un journaliste néerlandophone (Steven Samyn de "De Morgen"), tous deux âgés d'une trentaine d'années. Pour mener leur enquête objective et sérieuse, ils ont rencontré des responsables politiques et des proches de la Cour.

Ce livre aborde très peu la première partie du règne d'Albert II (1993-2007) où il se mêle peu de politique et a un rôle presque protocolaire. Selon les auteurs, le Roi aurait voulu ne pas signer la loi dépénalisant l'euthanasie, mais il se serait ensuite laissé convaincre par le monde politique et n'aurait aujourd'hui aucun regret à ce sujet. En 2003, il aurait encouragé le gouvernement belge à ne pas envoyer de troupes en Irak, par crainte de voir notre pays menacé par le terrorisme. Mais il préférerait la politique pro-atlantiste du ministre de la Défense Pieter De Crem à celle plus humanitaire de son prédécesseur André Flahaut. Il manque un chapitre sur les initiatives prises par le couple royal suite à l'affaire Dutroux en 1996.

Ils racontent ensuite les décisions politiques prises par Albert II depuis 2007. Les problèmes communautaires l'ont en effet obligé à jouer un rôle nettement plus important. On découvre les coulisses de ce qui se passe derrière les grilles du palais, notamment l'influence des partis et de son chef de cabinet Jacques van Ypersele de Strihou. Le Roi prend quelques risques mais ne commet aucun faux pas. Il donne l'image d'un bon papa sympathique qui tente de recoller les morceaux entre Flamands et francophones. Mais il peut être aussi en colère, par exemple contre le jeune président du VLD Alexander De Croo qu'il accuse d'être responsable de la chute du gouvernement en 2010.

Des chapitres sont ensuite consacrés à l'entourage, au coût et à la foi de la famille royale, ainsi qu'aux personnes anoblies par le Roi. Les auteurs affirment que c'est la reine Paola qui s'opposerait à la reconnaissance officielle de Delphine Boël par son père. Ils évoquent ensuite les mauvaises relations entre le prince Philippe d'une part, et le monde politique, la presse et le chef de cabinet d'Albert II d'autre part, ainsi que le souhait de plusieurs partis d'une monarchie protocolaire (comme en Suède) pour le prochain règne.

Leur conclusion?   "Jusqu'ici, Albert II a pu slalomer entre les exigences des uns et des autres. Mais chacun, aujourd'hui en Belgique, pressent que cet exercice de style a atteint ses limites et n'est plus guère tenable. Jusqu'ici, Albert II a eu les épaules assez larges que pour ne pas laisser l'édifice royal s'effondrer. Mais tout porte à croire - de la difficulté de la succession royale à l'évolution des esprits de la classe politique en passant par un pays si particulier à gouverner - que le temps presse. Jusqu'ici, ce roi est à la tête d'un pays. Jusqu'ici ce pays a un roi. Jusqu'ici".

Si cet ouvrage intéressant est plutôt positif pour l'image d'Albert II, il brise cependant un tabou : le secret entourant les colloques singuliers entre le Roi et les responsables politiques. Certains ont été peu loquaces avec les deux journalistes, mais d'autres (comme Bart De Wever et Alexander De Croo qui n'avaient pas de bonnes relations avec le souverain durant la crise politique) ont raconté en détail leurs audiences royales. Cela ajoute donc une difficulté à la tâche d'Albert II qui devra être beaucoup plus prudent à l'avenir lors de ses consultations politiques...

Le Palais réagit le 5 mai :   "Plusieurs quotidiens ont publié ce matin des extraits d'un livre faisant état du contenu d'entretiens du Roi. Le Palais regrette que la discrétion du colloque singulier ne soit pas respectée. Cette discrétion a pour but de permettre au chef de l'Etat de remplir sa fonction. Certains des extraits publiés comportent des inexactitudes manifestes, notamment sur les entretiens du 16 juin et du 8 octobre 2010".

Entretemps, le Roi remet le Prix International Roi Baudouin pour le Développement 2011 au Docteur Denis Mukwege, récompensé pour son travail au Congo auprès des milliers de femmes victimes de violences sexuelles. Un mois plus tard, lors d'un sommet à New York, le premier ministre belge Yves Leterme remet au secrétaire-général de l'ONU Ban Ki-Moon une lettre personnelle d'Albert II pour encourager les Nations Unies à accorder suffisamment d'attention à la lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes. Il est extrêmement rare qu'il écrive à une organisation internationale. Notre souverain en parle aussi dans son discours télévisé de la fête nationale :

"Nos problèmes internes ne doivent pas nous conduire vers un repli égoïste sur nous-mêmes et nous faire oublier le monde qui nous entoure. A ce propos, je voudrais partager avec vous l'émotion que j'ai ressentie lors de la remise du Prix International Roi Baudouin pour le Développement au médecin congolais Denis Mukwege. Dans des conditions très difficiles, il soigne et vient en aide aux femmes qui sont victimes de terribles violences dans l'est du Congo. J'appelle notre pays, l'Union Européenne et les Nations Unies à travailler efficacement avec les autorités du Congo et des pays voisins pour mettre fin à ce drame. Nous ne pouvons pas rester indifférents à de telles situations".

Revenons à la crise politique... Le 12 mai, Wouter Beke demande à Albert II de le décharger de sa mission sans avoir pu relancer les négociations. Après avoir reçu en audience les présidents de partis, le Roi accepte sa démission et nomme formateur Elio Di Rupo, président du PS et ministre d'Etat. Le 4 juillet, celui-ci présente au souverain et aux partis démocratiques un nouveau compromis pour la réforme de l'Etat, ainsi qu'une série de propositions socio-économiques pour assainir les finances publiques. Sept partis (PS, SPA, Ecolo, Groen, MR, VLD et CDH) acceptent cette base de négociations, mais ils n'ont pas la majorité des 2/3 au Parlement pour entreprendre une réforme de l'Etat. Elio Di Rupo apporte sa démission au roi Albert qui la garde en suspens, le temps de laisser quelques jours au formateur pour tenter de convaincre le CD&V de rejoindre les sept partis.

Le Roi se montre très irrité lors de son discours du 21 juillet :   "En cette fête nationale, j'aurais aimé me réjouir avec vous de la prestation de serment d'un nouveau gouvernement fédéral de plein exercice. Nous n'en sommes hélàs pas là, et je le déplore. Entretemps, pendant cette longue négociation, le gouvernement en affaires courantes a su prendre efficacement les mesures nécessaires pour préserver dans l'avenir proche le bien-être des citoyens. Toutefois, cela ne diminue en rien l'urgence et la nécessité de former un gouvernement investi de pleines responsabilités et qui devra réaliser les réformes structurelles nécessaires dans les domaines institutionnel et socio-économique. De là mon nouvel appel à tous les citoyens et en premier lieu aux responsables politiques.

Un célèbre constitutionnaliste anglais, Walter Bagehot, précisait les prérogatives de la monarchie constitutionnelle comme suit :  le droit d'être informé, le droit d'encourager et le droit de mettre en garde. Ces derniers mois, dans mes audiences, j'ai beaucoup utilisé les deux premières prérogatives : être informé et encourager. Avec vous, je voudrais à présent faire usage publiquement, en toute transparence, de la troisième prérogative : le droit de mettre en garde. Je le fais fortement et avec conviction pour les raisons suivantes.

1° Comme un très grand nombre de Belges, je suis affligé par la plus longue durée, de mémoire d'homme, de formation d'un gouvernement. Cela crée chez beaucoup d'entre vous un sentiment d'inquiétude quant à l'avenir. J'ai pu m'en rendre compte lors de mes visites dans les différentes régions.

2° La durée de cette crise suscite aussi, dans une grande partie de la population, de l'incompréhension vis-à-vis du monde politique qui n'apporte pas de solution aux problèmes. Cela risque de développer une forme de poujadisme qui est dangereuse et néfaste pour la démocratie.

3° Si cette situation perdure longtemps encore, elle pourrait affecter de façon négative et très concrète le bien-être économique et social de tous les Belges. Il faut en être bien conscient.

4° Un des atouts importants de la Belgique, depuis la seconde guerre mondiale, est son rôle au sein de l'Europe. Cela nous a valu de devenir de fait, comme pays, la capitale de l'Europe et de jouer un rôle moteur dans cette formidable aventure qu'est la construction européenne. Notre pays, avec sa diversité culturelle, était considéré d'une certaine manière comme un modèle pour l'Union Européenne. Notre situation actuelle crée de l'inquiétude auprès de nos partenaires, et pourrait endommager notre position au sein de l'Europe, voire l'élan même de la construction européenne déjà mis à mal par les eurosceptiques et les populistes.

Je ne serais donc pas fidèle à mon rôle, si je ne rappelais pas solennellement les risques qu'une longue crise fait courir à tous les Belges, et si je n'exhortais pas à nouveau tous les hommes et toutes les femmes politiques, et ceux qui peuvent les aider, à se montrer constructifs et à trouver rapidement une solution équilibrée à nos problèmes. Comme je le rappelais à l'occasion de la Noël, et je cite :

"Dans la recherche de cet accord raisonnable, il est évident que chaque partie devra faire des concessions. Chacun aura donc l'obligation de prendre ses responsabilités. Le moment est venu où le vrai courage consiste à chercher fermement le compromis qui rassemble, et non à exacerber les oppositions. Si un tel accord se réalise, un nouveau gouvernement fédéral pourrait être constitué. Avec les entités fédérées, il sera à même de prendre des mesures nécessaires pour sauvergarder le bien-être de la population, et pour rétablir la confiance au sein du pays"  (fin de citation)

Mais les citoyens ne doivent pas seulement exhorter leurs représentants à prendre les décisions courageuses qui s'imposent. Ils doivent aussi s'efforcer de favoriser une meilleure entente entre nos communautés en faisant des pas concrets vers l'autre, en parlant sa langue, en s'intéressant à sa culture, en essayant de mieux le comprendre. C'est là une forme importante de citoyenneté moderne".

Dans la nuit du 21 au 22 juillet, Elio Di Rupo fait part au Roi que huit partis (PS, SPA, Ecolo, Groen, MR, VLD, CDH et CD&V), disposant de la majorité des 2/3 au Parlement, sont d'accord d'entreprendre des négociations à la mi-août. Le parti nationaliste flamand NVA de Bart De Wever est relégué dans l'opposition.

Un accord sur la future réforme de l'Etat intervient enfin à la mi-octobre et le Palais ne cache pas que "le Roi s'en est réjoui vivement". Les deux partis écologistes (Ecolo et Groen) sont ensuite envoyés dans l'opposition par leurs partenaires, désireux de former une coalition gouvernementale à six. Le 21 novembre, suite au blocage des négociations socio-économiques, Elio Di Rupo se rend au château de Ciergnon pour demander au souverain de le décharger de sa mission de formateur. Il refuse et fait publier le communiqué suivant :  "Le Roi rappelle la gravité de la situation actuelle et souligne que la défense de l'intérêt général de tous les Belges et les échéances européennes nécessitent une résolution très rapide de la crise politique. Il demande que chaque négociateur prenne dans les heures à venir un temps de réflexion pour mesurer les conséquences d'un échec et chercher activement une solution".

Nouveau communiqué le lendemain après avoir reçu en audience à Ciergnon les présidents des six partis :   "Le Roi demande à chacun des six partis d'accomplir l'effort additionnel nécessaire pour clôturer les négociations budgétaires et socio-économiques et former un gouvernement dans les meilleurs délais".  Un accord intervient quelques jours plus tard et Elio Di Rupo vient l'expliquer le 1er décembre à Albert II. La prestation de serment du nouveau gouvernement (PS, SPA, CDH, CD&V, MR et VLD) a lieu le 6 décembre au château de Laeken. Le lendemain, le premier ministre sortant Yves Leterme est nommé ministre d'Etat.

Le Roi se montre soulagé dans son discours de Noël 2011 :

"Aujourd'hui, je puis enfin me réjouir vivement avec vous des accords réalisés et de la formation d'un nouveau gouvernement fédéral de plein exercice. Cela prouve que notre pays demeure capable de réaliser des compromis qui rassemblent, tant sur le plan communautaire qu'en matière économique et sociale. Bien sûr, cela ne signifie pas que tout soit résolu pour autant. Plusieurs défis nous attendent.

Tout d'abord, il va falloir traduire en textes de loi les réformes institutionnelles profondes qui ont été décidées. Elles donneront aux entités fédérées davantage de compétences, une plus grande autonomie fiscale et une responsabilisation accrue. Cette transformation doit se réaliser sans nostalgie et avec la ferme volonté de voir ce nouveau projet pour notre pays réussir pleinement.

En même temps, le gouvernement devra faire face à des défis économiques et sociaux énormes. Là aussi, des décisions rigoureuses ont été prises afin de préserver à terme le bien-être de la population. Chacun devra cependant contribuer, en fonction de ses capacités, aux sacrifices nécessaires pour rétablir au plus vite les finances publiques de notre pays. Mais suffit-il de mettre en oeuvre des réformes institutionnelles et économiques pour faire progresser notre pays de façon décisive?

C'est essentiel mais pas suffisant. Il importe que ces réformes s'accompagnent d'une évolution profonde de nos mentalités. A ce sujet, je pense d'abord à une meilleure compréhension entre les citoyens de nos différentes communautés et régions. Il serait quand même incompréhensible, à une période où il est tant question de globalisation, d'ouverture aux autres cultures sur le plan international, que l'entente entre voisins immédiats, au sein d'un même pays, soit déficiente.

Veillons donc à mieux comprendre la culture, la mentalité des uns et des autres. Nous percevrons alors les complémentarités qui existent entre nos diverses communautés et régions. Nous réaliserons combien ces complémentarités sont une richesse qui favorise la tolérance et la créativité. Encourageons des projets qui mobilisent les citoyens à mieux se connaître. Rejetons fermement les caricatures simplistes et injustes de l'autre, qui attisent les préjugés et les antagonismes stériles et sèment la division. Je suis convaincu que si nous avançons sur cette voie, de nouvelles formes de collaboration se développeront entre nos entités fédérées, devenues plus autonomes. C'est ce qui s'est passé dans le monde universitaire.

Veillons enfin, dans la période économique la plus difficile depuis la seconde guerre mondiale, à préserver au mieux la tradition de dialogue entre partenaires sociaux, qui est un des grands acquis de notre pays. Le souci de cohésion sociale doit être une préoccupation constante pour tous. Maintenant que nous avons retrouvé notre capacité à résoudre nos difficultés intérieures, nous sommes à nouveau crédibles sur le plan international pour reprendre notre rôle de pionnier dans la construction européenne. Dans de nombreux domaines, seule une Europe cohérente est en mesure de répondre aux grands défis que nous connaissons actuellement. Nous pouvons y contribuer efficacement".


mardi 19 février 2013

Le rôle politique du roi Albert II en 2010

Dans son discours de Nouvel An 2010 aux autorités du pays, le Roi déclare :  "J'aimerais vous parler d'un sujet particulier : il s'agit des qualités qui sont attribuées aux Belges, et comment faire pour assurer la persistance de ces qualités. Plusieurs événements récents touchant des compatriotes qui oeuvrent dans des domaines bien différents m'ont impressionné. Il y eut la désignation du premier président permanent du Conseil Européen, le retour de notre astronaute après une mission de six mois dans l'espace, le renouvellement du mandat du président du Comité Olympique International, le lancement d'initiatives nouvelles par le président de la Banque Européenne d'Investissement, la désignation du procureur du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie, et les performances internationales de nos artistes et de nos sportifs de top niveau.

Ces remarquables consécrations publiques de personnalités belges ne doivent pas nous faire oublier des réalisations de grande qualité accomplies collectivement par des Belges. Songeons à nos militaires à l'étranger qui se distinguent par l'excellence de leurs interventions dans beaucoup de domaines et dans de multiples régions du monde, à l'équipe qui a développé une nouvelle station polaire belge, à nos scientifiques, à nos centres de recherche performants dans nombre de disciplines, et aux organisateurs d'événements culturels internationaux comme le Concours Musical Reine Elisabeth ou le festival Europalia.

A chaque fois, le monde extérieur a souligné un nombre de qualités qui seraient spécifiques des Belges : il y a notre ouverture aux autres cultures, notre créativité pour trouver des compromis, notre pragmatisme, une certaine modestie et notre faculté de ne pas nous prendre trop au sérieux. Beaucoup de ces qualités sont liées au caractère multiculturel de notre pays et au fait que nous nous trouvons aux frontières de deux grandes cultures européennes, le monde latin et le monde germanique. L'influence de ces cultures différentes nous procure l'avantage d'acquérir une disposition d'accueil et de compréhension des autres, de nous adapter avec pragmatisme à des situations diverses, voire les plus inattendues ou même surréalistes. Assurer la permanence de ces qualités chez nos concitoyens se fera en maintenant et en renforçant les échanges au sein de notre propre pays tout comme sur le plan international.

Se rencontrer, se parler, crée des relations, ouvre des perspectives dont on ne soupçonne pas toujours a priori les conséquences bénéfiques. C'est un extraordinaire moyen d'habituer nos jeunes aux contacts avec d'autres cultures, de les préparer à réconcilier des points de vue différents. Concrètement, cela implique, entre autres, de stimuler l'apprentissage de nos trois langues nationales, mais aussi de l'anglais et d'autres langues. Etre multilingue est un atout énorme et une qualité très appréciée dans la vie professionnelle. Le nombre des investisseurs étrangers dans notre pays en témoigne. Il est nécessaire aussi d'inciter davantage encore les jeunes à suivre des formations et des stages à l'étranger, que ce soit à travers les programmes Erasmus, ou par l'intermédiaire du Fonds Prince Albert qui envoie des jeunes acquérir de l'expérience dans des entreprises belges à l'étranger. J'ai reçu les lauréats de ce Fonds à l'occasion de nos 50 ans de mariage et j'ai été impressionné par leur ouverture d'esprit et leur enthousiasme.

Comme je viens de le dire, il importe bien sûr de développer les échanges au sein de notre propre pays, notamment entre écoles secondaires, hautes écoles ou universités de nos communautés. C'est l'objectif principal du Fonds Prince Philippe qui chaque année permet à de très nombreux jeunes de mieux connaître une autre région ou une autre culture de notre pas. Il est précieux aussi que nos universités poursuivent et renforcent leurs échanges avec une ou plusieurs universités d'une autre communauté. Il en est de même pour la collaboration entre chercheurs. Lors d'une récente visite à un pôle d'attraction universitaire, j'ai été saisi de voir combien la collaboration entre nos meilleurs scientifiques de communautés différentes était fructueuse et conduisait à des résultats concrets de grande valeur.

C'est également le cas dans le domaine culturel. J'ai vu avec grand intérêt combien, à Bruxelles, les principaux artistes et les institutions culturelles liées aux différentes communautés collaboraient efficacement et avec facilité. Dans le monde politique, les contacts entre responsables issus de nos communautés doivent également se renforcer. On a pu constater, encore récemment, combien il était précieux d'avoir des hommes politiques qui puissent jouer le rôle de médiateur dans certaines situations. Pour cela, il leur faut, bien entendu, connaître chaque communauté, chaque région. Enfin, valorisons pleinement le rôle central de notre pays en Europe. Bruxelles, capitale de l'Europe, est un atout considérable pour l'ensemble de notre pays, que ce soit sur le plan économique, culturel ou politique. Utilisons cette chance que l'histoire et la géographie nous ont offerte.

Pour conclure, je crois que c'est en accentuant ou en rétablissant toutes ces relations dans les différents domaines que nous maintiendrons et développerons les qualités qui nous sont attribuées internationalement. Nous le ferons évidemment dans le respect de l'identité propre de chaque communauté, de chaque région, et dans un esprit de loyauté fédérale".

Le 30 juin 2010, Albert et Paola sont les invités d'honneur du président Joseph Kabila lors de la cérémonie organisée pour le cinquantième anniversaire de l'indépendance du Congo. Au cours de son séjour, le couple royal effectue quelques visites sociales et économiques liées à notre pays, rencontre le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon, mais ne prononce aucun discours afin de ne pas créer des tensions dans les relations belgo-congolaises qui sont parfois tendues. Une polémique survient cependant après leur retour en Belgique lorsque la presse révèle que Mme Kabila a offert une parure de diamants à la reine Paola. Ce coûteux cadeau contraste avec la pauvreté des Congolais. Aussi le Palais annonce que les bijoux ont été remis à la Donation Royale. Lors de la fête nationale 2010, Albert confiera dans son discours :  "Nous avons pu proposer aux autorités congolaises un nouveau partenariat, franc et constructif, axé sur les besoins de la population congolaise et soutenant les nouvelles institutions que le Congo s'est donnés démocratiquement. Notre vif espoir est qu'un tel partenariat entre nos pays puisse contribuer à consolider la paix en Afrique centrale qui a tellement souffert. Cette paix est aussi vitale pour l'indispensable développement économique et social auquel notre pays est prêt à collaborer activement".

Revenons en Belgique... Une nouvelle crise politique survient en avril 2010. Sous l'impulsion de son jeune président Alexander De Croo, le VLD quitte la majorité suite à l'absence d'accord sur Bruxelles-Hal-Vilvorde au terme de la mission de Jean-Luc Dehaene. Yves Leterme remet la démission de son gouvernement au Roi qui la tient en suspens et explique sa décision dans le communiqué publié par le Palais :   "Le Roi et le premier ministre ont souligné combien, dans les circonstances actuelles, une crise politique serait inopportune et porterait un grave préjudice d'une part au bien-être économique et social des citoyens et d'autre part au rôle de la Belgique sur le plan européen". Après avoir rencontré les présidents de la Chambre, du Sénat et des partis démocratiques, les partenaires sociaux, Albert II charge Didier Reynders, vice-premier ministre et président du MR,  "de s'assurer dans très court délai de ce que les conditions sont remplies pour la reprise rapide des négociations sur des problèmes institutionnels et en particulier celui de Bruxelles-Hal-Vilvorde" , selon les termes du communiqué diffusé par le Palais. Mais la confiance est rompue entre les partis de la majorité et les négociations ne reprennent pas. Après avoir à nouveau reçu en audience les présidents de partis, Albert II accepte la démission du gouvernement. Les Chambres sont dissoutes.

Les élections fédérales ont lieu le 13 juin. Le Parti Socialiste est le grand vainqueur en Wallonie tandis que la NVA devient le premier parti de Flandre. L'extrême-droite continue de baisser :  le Vlaams Belang perd 5 sièges à la Chambre et le Front National n'a plus aucun sénateur et député fédéral. Après trois jours de consultation, le Roi nomme informateur Bart De Wever, le président de la NVA. Le 8 juillet, il demande à être déchargé de sa mission sans avoir obtenu d'accord. Le même jour, Elio Di Rupo, le président du PS, est nommé pré-formateur par Albert II.

Dans son discours de la fête nationale 2010, le Roi évoque brièvement la situation politique :  "Notre pays a été secoué par des tensions communautaires qui ont conduit à des élections anticipées et qui causèrent d'importants glissements politiques. A présent, ce qui importe, c'est de se tourner vers l'avenir. Il y a donc lieu de préparer pour nos régions et communautés de nouvelles formes de vie commune où chacun se sent bien, de résoudre les questions épineuses qui ont divisé, et de trouver de nouveaux équilibres entre le fédéral et les entités fédérées".

Le 18 août, Elio Di Rupo fait part au Roi des progrès obtenus et des difficultés à surmonter. Albert II décide de rencontrer les présidents des sept partis participant aux négociations. Le ministre d'Etat Louis Tobback confie à la presse :   "Je suis et reste un républicain. Mais dans de telles circonstances, la monarchie montre toute son utilité. Tous les politiciens qui réclament un rôle protocolaire pour la monarchie depuis des décennies doivent maintenant examiner la situation. Le Roi est très respecté. Lorsqu'il parle, il est écouté".  Les négociations reprennent le 21 août.

Une semaine plus tard, le projet de compromis de la réforme de l'Etat proposé par Elio Di Rupo est accepté par cinq partis (PS, SPA, CDH, Ecolo et Groen), mais n'obtient pas le soutien de la NVA et du CD&V. La famille libérale n'a pas été conviée aux discussions. Le pré-formateur demande à Albert II d'être déchargé de sa mission. Celui-ci refuse et lui demande de faire un nouvel essai qui n'aboutit pas à un accord. Aussi après avoir à nouveau reçu en audience les présidents des sept partis, le Roi demande, le 4 septembre, aux présidents de la Chambre André Flahaut (PS) et du Sénat Danny Pieters (NVA) un travail de médiation sur les désaccords rencontrés par le pré-formateur. Pas de résultat. Même mission pour le président de la NVA Bart De Wever le 8 octobre. Pas de résultat. Et pour le ministre d'Etat Johan Vande Lanotte le 21 octobre.

En novembre, le président du PS Elio Di Rupo parle pour la première fois d'Albert II depuis les élections :  "J'ai toujours trouvé que le Roi avait une maîtrise totale de la situation. C'est la personnalité qui connaît le mieux la situation du pays. Il agit dans l'intérêt du pays. Celles et ceux qui pensent que le Roi peut être influencé se trompent. Personne ne l'influence. Il sait où il va. Il compose avec la réalité du pays, très différente au nord et au sud".  Cet avis n'est pas partagé par le président de la NVA Bart De Wever qui déclare en décembre :  "Le problème, c'est que le Roi joue encore un rôle politique. Quand il y a une crise, le rôle du Roi est important. Pour nous, Flamands, cela pose un problème parce que le Roi ne pense pas comme nous. Pour les Wallons, c'est un avantage car ils sont alliés avec lui".

Dans son discours télévisé de Noël, Albert II évoque la réussite de la présidence belge de l'Union Européenne, puis la crise politique :   "Cet art du compromis, il me semble qu'au sein de notre propre pays, nous l'avons quelque peu oublié ces dernières années. D'où ma préoccupation et ma ferme volonté de lancer un appel à tous nos responsables et à tous les citoyens.

Notre pays a l'occasion de se transformer en profondeur pour mieux répondre aux attentes de nombreux Belges, et pour affronter les défis à venir. Désormais, après plus de six mois de négociations, tous les éléments sont sur la table pour réaliser une profonde réforme de l'Etat. Il y aurait un important transfert de compétences aux régions et communautés, une autonomie et une responsabilisation beaucoup plus poussées des entités fédérées, y compris sur le plan fiscal, un refinancement de Bruxelles et le maintien d'une réelle solidarité au sein de notre pays. En même temps, il sera nécessaire d'assurer le financement dans la durée de l'Etat fédéral pour exercer les compétences et les obligations qu'il continuera à assumer vis-à-vis de tous les Belges, mais aussi sur le plan européen et dans le monde. Il faudra également inclure une solution pour Bruxelles-Hal-Vilvorde et définir des règles en matière d'éthique politique.

Il s'agit donc de trouver des compromis équilibrés qui tiennent compte des aspirations légitimes des uns et des autres. Dans un tel accord, il ne doit pas avoir de perdants. Nous devons trouver des solutions où chacun est gagnant. Dans la recherche de cet accord raisonnable, il est évident que chaque partie devra faire des concessions. Chacun aura donc l'obligation de prendre ses responsabilités. Le moment est venu où le vrai courage consiste à chercher fermement le compromis qui rassemble, et non à exacerber les oppositions.

Si un tel accord se réalise, un nouveau gouvernement fédéral pourrait être constitué. Avec les entités fédérées, il sera à même de prendre des mesures nécessaires pour sauvegarder le bien-être de la population et pour rétablir la confiance au sein du pays. C'est cela que tous nos concitoyens attendent. Lorsque nous réussirons, car je suis convaincu que nous le pouvons, nous redeviendrons à nouveau un exemple d'entente et un facteur d'unité dans un monde qui en a grandement besoin. Nous pourrons présenter l'image juste d'un pays qui parvient dans la paix, à se transformer profondément. Nos partenaires européens, et tous les autres pays, constateront que la Belgique demeure un Etat responsable auxquels ils peuvent faire confiance. Cet appel que je vous lance solennellement à tous, je l'adresse évidemment en premier lieu aux responsables politiques, mais aussi aux responsables économiques, sociaux, culturels et des médias. Tous, par nos actions et par notre comportement, nous devons avoir le courage d'être des artisans de paix".

lundi 11 février 2013

Le combat de la princesse Astrid contre la malaria

En août 2007, la fille du couple royal devient représentante spéciale du Roll Back Malaria Partnership (RBM), créé par l'Organisation Mondiale de la Santé, le programme des Nations Unies pour le Développement et l'Unicef, afin de lutter contre la malaria. Chaque année, 1 à 2 million(s) de personnes décèdent dans le monde des suites de la malaria. La princesse effectue un voyage en Tanzanie en octobre 2007 pour se rendre compte des ravages de cette maladie. Elle confie à la journaliste Françoise Gilson pour les quotidiens du groupe Sud Presse :

"Je suis heureuse de m'être engagée dans ce combat. La malaria est une maladie horrible dont les conséquences sont dramatiques. Comme le sida, c'est une maladie de la pauvreté. Mais on peut la soigner et la guérir. Pour cela, je me mettrai à disposition du Roll Back Malaria Partnership. Franchement, moi, je me sens une petite chose. Mais je suis très contente car c'est un combat qui me correspond. J'aime cette idée de travail d'équipe : le monde est un "global village" et on doit tous faire quelque chose. Mon rôle? Notamment médiatiser cette problématique, vous parler à vous, la presse. Naturellement, çà ne m'est pas facile mais je suis décidée à le faire. On ne peut pas s'endurcir quand on voit ces femmes tristes et résignées face à la maladie, ces enfants qui souffrent. Les enfants, c'est ce qu'il y a de plus vulnérable. En tant que maman de cinq enfants, ce que je vois me touche encore plus".

De retour en Belgique, elle visite l'entreprise pharmaceutique Glaxo Smith Kline Biologicals à Rixensart afin d'être informée des derniers développements dans la recherche de vaccins contre la malaria.

En avril 2008, la princesse Astrid se rend en Zambie, un pays où 73% des 10 millions d'habitants vivent sous le seuil de la pauvreté. Sa visite coïncide avec la première journée mondiale de lutte contre la malaria (25 avril) qui est célébrée à Livingstone en présence de 14 ministres de la Santé africains et du vice-président zambien.

Dans le village de Katambora, Astrid rencontre les membres de l'expédition "Faire du Zambèze un fleuve de vie" qui a pour objectifs de toucher les villages les plus réculés et inaccessibles par une autre voie que fluviale, et de distribuer des moustiquaires. Entre le 26 avril et le 10 mai 2008, cette expédition parcourt 2.500km le long du Zambèze et traverse six pays (Angola, Zambie, Namibie, Botswana, Zimbabwe et Mozambique). Elle est coordonnée depuis Genève par le Belge Hervé Verhoosel, qui propose à la princesse de monter à bord d'un Zodiac de l'équipe.

En compagnie du Docteur Awa Marie Coll-Seck, directrice du programme RBM, et de la chanteuse sud-africaine Yvonne Chaka Chaka, Astrid assiste dans le village de Katambora à une distribution de moustiquaires qui restent, à ce jour, le moyen le plus sûr de lutter contre le paludisme. Elles se rendent ensuite à l'hôpital de Livingstone et à la cérémonie officielle organisée pour la journée mondiale. Son voyage reçoit beaucoup d'échos positifs, notamment auprès des journalistes belges qui l'accompagnent en Zambie et ont pu l'interviewer :

"On a trop longtemps laissé tomber cette terrible maladie, comme si c'était une fatalité. Savez-vous qu'un enfant peut en mourir en à peine six heures? J'aime pouvoir aider mais je ne suis pas une superwoman. Mon rôle est en quelque sorte d'attirer l'attention, faire en sorte que vous veniez avec moi, vous les médias. Moi, je peux aider à promouvoir des actions comme celles-ci. Si ma venue en Zambie a permis de sauver la vie d'une seule personne, ce voyage aura déjà été une réussite. Je suis une fille très terre à terre. Pour moi, l'objectif à atteindre est le plus important.

Mme Awa Marie Coll-Seck est venue me voir à Bruxelles. Elle a notamment été ministre de la Santé au Sénégal et a travaillé pour l'Organisation Mondiale de la Santé. Le courant est passé immédiatement. Elle a dû se dire que je pouvais faire l'affaire! Il y a urgence et ce combat me tient à coeur. Un vaccin pourrait voir le jour d'ici 2012. Il est essentiel que les Africains y aient accès, d'un point de vue économique notamment. Quand je vois ces malheureux qui n'ont rien, qui fuient leur pays pour tenter leur chance en Europe, quand je vois ces réfugiés à Gibraltar, aux Canaries, on ne peut pas rester les bras croisés. Pour nous Européens, il est important que ces gens puissent rester chez eux mais avec un vrai avenir. Celui-ci passe notamment par la santé. Mon discours n'a rien de politique".

La Malaria Foundation International - dont le siège est basé à Atlanta aux Etats-Unis - a désigné fin 2008 la princesse Astrid comme le membre de toutes les familles royales du monde qui s'engage le plus contre la malaria.

Au cours d'une conférence de presse à Bruxelles en mars 2009, elle annonce qu'elle accepte de prolonger de deux ans son mandat de représentante spéciale du Roll Back Malaria Partnership, et qu'elle effectuera à ce titre un voyage dans le Golfe (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis et Qatar) du 27 mars au 3 avril. En novembre, la princesse, le Docteur Awa Marie Coll-Seck et le ministre belge de la Coopération au Développement Charles Michel assistent, à Bruxelles, à la présentation d'United Against Malaria qui veut profiter de la Coupe du Monde de football 2010 en Afrique du Sud pour attirer l'attention sur la malaria.

Après avoir effectué des voyages en Tanzanie (2007), Zambie (2008) et dans les pays du Golfe (2009), la princesse Astrid se rend en Amérique du Nord du 15 au 21 avril 2010 dans le cadre de la Semaine Mondiale contre la Malaria aux côtés du Docteur Awa Marie Coll-Seck et d'Hervé Verhoosel, respectivement directrice et porte-parole du RBM. A Ottawa, ils incitent les organisateurs du G8 à mettre le sujet du paludisme à l'agenda de la réunion des chefs d'Etat en juin. A New York, ils se rendent au siège de l'Unicef et à la Bourse afin de sensibiliser les secteurs privés à la lutte contre la malaria. Ils rencontrent également le président tanzanien pour le féliciter de la création de l'Alliance des dirigeants africains contre le paludisme. A Washington, ils sont allés à la Fondation des Nations Unies, à la librairie du Congrès et au bureau régional de l'OMS où la princesse Astrid a demandé à obtenir un bilan de la maladie en Amérique du Sud et en Haïti. De retour à Bruxelles, elle assiste au Parlement Européen à la présentation du nouveau rapport "Malaria and Children", co-écrit par le Roll Back Malaria Partnership et l'Unicef.

Le 30 septembre 2010, la princesse est présente à l'avant-première du documentaire "The Motherland Tour : a Journey of African Woman", suivie d'une discussion sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement, notamment pour la lutte contre la malaria.

Un an plus tard, Astrid est à New York pour participer au dixième anniversaire du Roll Back Malaria Partnership dont elle est la représentante spéciale. Elle reçoit au palais royal de Bruxelles l'ancien président américain Jimmy Carter afin de parler de la malaria. Et en novembre, elle se rend aux Emirats Arabes Unis, au Koweït et au Qatar avec le directeur exécutif du Fonds mondial pour la lutte contre le sida, la malaria et la tuberculose afin d'inciter ces trois pays à accroître leurs efforts pour lutter contre la malaria.

Lors de son voyage en Indonésie du 12 au 15 avril 2012, Astrid rencontre la presse :

"Pourquoi avez-vous souhaité que l'Indonésie entre dans le Roll Back Malaria Partnership?
- Il est vrai que 90% de l'incidence de cette pandémie touche l'Afrique, contre 10% pour l'Asie. Mais l'Indonésie est un acteur clef, membre du G20, de l'Organisation des Pays de la Coopération Islamique et de l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est. Elle a le pouvoir de mettre la question de la malaria à l'ordre du jour au plan international. D'ailleurs, les réunions que j'ai pu avoir avec la Première Dame, le vice-président, le ministre des Affaires étrangères et le secrétaire général de l'ANASE ont donné lieu à des avancées prometteuses.

- Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus impressionnée ici à Sumatra?
- Les enfants médecins! Ces tout jeunes garçons et filles qui servent de relais dans les communautés, les villages, pour rappeler à chacun avec une fraîcheur, une conviction extraordinaire, les mesures de prévention et les comportements qui permettent de limiter la prolifération de la pandémie. C'est une initiative très belle. Une approche éducationnelle qui contribuera à rompre le cercle vicieux de la maladie pour entrer dans un cercle vertueux. A l'hôpital Abdul Moeloek, j'ai rencontré plusieurs patients atteints de malaria. Le troisième était atteint d'une forme cérébrale sévère. Il a 22 ans, comme mes enfants, il a attendu un peu trop longtemps pour aller à l'hôpital, mais il va s'en sortir. On va le suivre et on va aussi procéder à une distribution de moustiquaires dans son village.

- Vous êtes représentante spéciale de Roll Back Malaria Partnership depuis 2007. Qu'est-ce qui vous a incité à épouser cette cause?
- Le fait que cette maladie frappe d'abord les plus vulnérables : les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. Et puis, il s'agit, avec la tuberculose et le sida, d'une des trois maladies globales constituant un frein au développement économique et social des populations. La perte de productivité engendrée par la malaria en Afrique est de 12 milliards de dollars par an. Il en faudrait à peine plus de trois pour éradiquer ce fléau sur l'ensemble du continent. Vous ne croyez pas que ce serait une bonne affaire de se soucier des hommes?

- Pourquoi avez-vous toujours choisi d'axer votre action sur les questions de santé?
- J'aurais aimé être médecin, essayer de comprendre les maladies, de soulager les gens au mieux. Ce qui me motive, c'est l'espoir d'apporter ma petite contribution pour que les choses s'améliorent.

- Comment concevez-vous votre rôle de princesse?
- Ce titre correspond à une forme de hasard. Je le vois comme un service au profit de la population, de mon pays, comme beaucoup de personnes servent leur pays. Au-delà, je crois aussi en une responsabilité universelle. Quand on se dit développé, et même s'il y a une pauvreté grandissante dans nos pays occidentaux, on doit rester ouverts à l'extrême pauvreté. Surtout de nos jours. Le global rejaillit sur le national.

- Que représente à vos yeux le prix que va vous remettre le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-Moon au nom de votre lutte contre la malaria?
- Je suis infiniment honorée. C'est extrêmement prestigieux. Je ne le mérite pas, j'effectue des visites éclair. Ce sont les gens sur le terrain qui font un travail exceptionnel. En tant que Belge, je suis fière de pouvoir ainsi représenter mon pays. Cette récompense est une façon de mettre en avant la Belgique et Roll Back Malaria Partnership".

A l'occasion des 50 ans de la faculté de médecine des Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur en novembre 2012, la princesse assiste à l'exposé "La découverte du vaccin de la malaria : une aventure humaine et scientifique" du Docteur Joe Cohen, vice-président de GSK Biologicals, co-inventeur de ce vaccin, à qui sera remis le titre de docteur honoris causa. Le même mois, Astrid visite l'Institut de Médecine Tropicale à Anvers avec le Docteur Fatoumata Nafo-Traoré, la nouvelle directrice du Roll Back Malaria Partnership.

En janvier 2013, elle se rend en Suisse au forum économique de Davos et au siège de la FIFA à Zurich pour mobiliser les personnalités présentes à la lutte contre la malaria. Après avoir rencontré le président de la FIFA Joseph S. Blatter, la princesse a répondu aux questions du site Internet FIFA.com :

"Quel est l'objet de votre visite à Zurich?
- En tant que représentante spéciale du Roll Back Malaria Partnership (RBM), je suis très honorée d'avoir eu l'occasion de me rendre dans les bureaux de la FIFA à Zurich. J'y ai rencontré le président Blatter pour discuter de l'engagement de la FIFA dans le domaine de la santé et plus particulièrement de la lutte contre la malaria. Ces dernières années, la FIFA a apporté un soutien précieux à RBM. J'étais très heureuse de pouvoir exprimer personnellement ma gratitude à M. Blatter. Nous avons également évoqué d'autres collaborations possibles entre la FIFA et RBM, notamment à travers les campagnes que nous proposons.

- Quel rapport entretenez-vous avec le football? Comment voyez-vous ce sport?
- J'aime regarder le football à la télévision. Je suis contente que mes deux fils pratiquent ce sport. Le football est bien plus qu'un jeu. Il développe l'esprit critique, il influence les comportements et il a le pouvoir de provoquer de grands changements dans nos sociétés, partout dans le monde. Des personnes d'origines sociales ou géographiques très diverses se trouvent des points communs sur le terrain. Ils oublient ainsi leurs différences. Indépendamment des opinions de chacun, le football est capable de rapprocher les communautés. Notre objectif est donc de canaliser cette énergie pour encourager le changement social et faire passer un message d'espoir.

- Qu'espérez-vous accomplir en tant que représentante spéciale de RBM?
- A travers mon action au sein de RBM, j'espère être en mesure d'inscrire cette maladie sur l'agenda international. Je suis la voix de tous ceux et celles qui luttent contre la malaria. Je souhaite encourager les pouvoirs publics à agir dans ce domaine. Grâce à l'action conjuguée des partenaires de RBM, nous avons accompli des choses extraordinaires en l'espace de quelques années. J'espère contribuer à faire avancer cette cause. Il faut que le nombre de malades diminue, jusqu'à ce que ce fléau appartienne définitivement au passé.

- Où en est-on dans la lutte contre la malaria au niveau mondial?
- Ces dernières années, nous avons réalisé des progrès importants dans la lutte contre la malaria. Le nombre de décès causés par cette maladie a reculé de 25%. depuis 2001. Au cours de cette période, 43 pays à travers le monde ont vu leur nombre de cas diminuer d'au moins 50%. A la fin de l'année 2010, nous avions distribué suffisamment de moustiquaires traitées aux insecticides pour couvrir les besoins de 80% de la population à risque en Afrique. Néanmoins, ces succès restent fragiles. Près de la moitié de la population mondiale reste menacée par la malaria. En dépit de nos avancées dans le domaine de la prévention, du diagnostic et du traitement, 219 millions de personnes contractent la maladie chaque année. On dénombre encore plus de 650.000 décès annuels. Nous devons travailler dans toutes les régions où sévit la malaria. Nous devons également oeuvrer pour des solutions durables, afin que la malaria ne soit pas en mesure de faire son retour dans les zones où elle avait été éradiquée.

- En quoi la FIFA peut-elle vous aider à résoudre ce grave problème de santé?
- En tant qu'instance dirigeante d'un sport pratiqué par des millions de personnes, je crois que la FIFA a la responsabilité et l'opportunité de mettre le pouvoir du football au service de la promotion de messages positifs et du changement social. J'ai été très impressionnée par les programmes Football for Health et 11 pour la Santé mis en place par la FIFA. Ces initiatives s'appuient sur le football pour encourager des comportements sains et transmettre un message d'espoir aux communautés confrontées à des maladies comme la malaria ou le VIH/SIDA. J'espère que la FIFA et RBM seront en mesure de collaborer sur de nouveaux projets, qui contribueront à améliorer la santé de chacun.

- Le président de la FIFA rappelle souvent que le football joue un rôle social et culturel. Etes-vous de ceux qui pensent que le football est plus qu'un jeu?
- Tout à fait! Je crois que le football a le pouvoir de rapprocher les communautés, de faire passer des messages d'espoir et de contribuer au changement social. La campagne Unis contre la Malaria (UAM) lancée par les partenaires de RBM s'est appuyée sur la popularité du football pour toucher plus d'un milliard d'individus, grâce à des annonces et des publicités diffusées pendant la Coupe du Monde 2010. Pendant la Coupe d'Afrique des Nations, des joueurs comme Samuel Eto'o ou Didier Drogba relaient le message dans plus de dix pays africains. A travers cet engagement, le football s'adresse à des passionnés qui vivent au sein de communautés vulnérables. Ces messages vont sauver des vies.

- Pourquoi avez-vous choisi de vous engager auprès du RBM?
- J'ai décidé de devenir la représentante spéciale du RBM parce que je trouvais inacceptable que tant de gens souffrent et meurent à cause d'une maladie que l'on sait prévenir et traiter, comme la malaria. Dans le cadre de mes fonctions, j'ai eu l'occasion de me rendre en Zambie, en Tanzanie et en Indonésie. J'ai pu voir par moi-même les dégâts que cause la malaria : des mères marchent pendant des heures, accompagnées de leurs enfants malades, en quête d'un traitement indisponible ou trop cher ; des classes se retrouvent désertées ; des pères enterrent leurs enfants bien trop jeunes. Mais j'ai également pu constater que des solutions simples et peu coûteuses pouvaient être porteuses d'espoir : des moustiquaires traitées, des insecticides, des diagnostics fiables et des traitements appropriés. Ces outils ont fait leurs preuves. Ils sont efficaces, ils ne coûtent pas cher et ils peuvent changer le cours de l'histoire pour des générations. Plus que jamais, nous devons travailler ensemble pour protéger ces outils.

- Pour quelle raison vous passionnez-vous pour cette cause?
- La malaria revêt une importance particulière à mes yeux car elle s'attaque aux personnes les plus vulnérables : les femmes enceintes et les enfants. Malgré les formidables progrès de la médecine, cette maladie tue encore aujourd'hui un enfant à chaque minute. Je ne vous parle pas de statistiques. Il s'agit de vies humaines et de destins qui ne s'accompliront jamais. Ces décès ont un impact économique significatif, dans des régions souvent déjà durement éprouvées. En Afrique, qui concentre 90% des décès liés à la malaria, on estime que cette maladie entraîne une perte de productivité de 12 milliards de dollars par an. La malaria est une maladie que l'on sait traiter et prévenir. Pourtant, elle plonge des pays entiers dans la pauvreté. Je veux voir des mères donner naissance à des enfants en bonne santé, qui fêteront leur cinquième anniversaire et dont les études ne seront pas perturbées par la malaria. Ce n'est pas une utopie mais, pour réaliser cet objectif, nous aurons besoin de l'aide et de l'engagement de nombreuses personnes. Je crois qu'il est de notre devoir de trouver les ressources nécessaires pour que tout le monde puisse vivre une vie saine et productive, sans craindre la malaria".

lundi 4 février 2013

Activités royales en janvier 2013

14 audiences pour le Roi :  le premier ministre Elio Di Rupo (reçu 4 fois), la présidente du VLD Gwendolyn Rutten, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, le nouveau ministre de la Coopération Jean-Pascal Labille venu prêter serment, le ministre des Pensions Alexander De Croo, le gouverneur de la Banque Nationale de Belgique Luc Coene, la ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet, ainsi que les ambassadeurs d'Italie, Turquie, Nouvelle-Zélande et Tunisie.

4 activités officielles pour le Roi :  réception de Nouvel An pour les ambassadeurs étrangers, réception de Nouvel An pour les autorités européennes, réception de Nouvel An pour les responsables de l'Otan et du Shape, réception de Nouvel An pour les autorités belges.

6 activités officielles pour la reine Paola :  réception de Nouvel An pour les ambassadeurs étrangers, réception de Nouvel An pour les autorités européennes, réception de Nouvel An pour les responsables de l'Otan et du Shape, réception de Nouvel An pour les autorités belges, concert de gala de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, lancement à Child Focus de la 10ème Journée mondiale pour un Internet plus sûr.

0 activité officielle pour la reine Fabiola.

8 activités officielles pour le prince Philipe : réception de Nouvel An pour les ambassadeurs étrangers, réception de Nouvel An pour les responsables de l'Otan et du Shape, réception de Nouvel pour les autorités belges, inauguration du Salon de l'Auto, audience pour le secrétaire général du parti communiste du Vietnam, journée internationale de commémoration des victimes de l'Holocauste, forum économique de Davos, congrès interdisciplinaire du développement durable à Namur.

7 activités officielles pour la princesse Mathilde :  réception de Nouvel An pour les ambassadeurs étrangers, réception de Nouvel An pour les responsables de l'Otan et du Shape, réception de Nouvel An pour les autorités belges, lancement du timbre émis pour ses 40 ans, colloque sur la pauvreté infantile, forum économique de Davos, conférence nationale sur l'éducation financière.

4 activités officielles pour la princesse Astrid :  visite au siège de la FIFA à Zürich, forum économique de Davos, table ronde sur la recherche clinique en Belgique, réception de Nouvel An pour les autorités belges.

1 activité officielle pour le prince Lorenz : réception de Nouvel An pour les autorités belges.

1 activité officielle pour le prince Laurent :  réception de Nouvel An pour les autorités belges.

3 activités officielles pour la princesse Claire :  inauguration de logements rénovés par la Fondation Pro Renovassitance (dont elle est la présidente d'honneur), spectacle du Sparadrap Circus, réception de Nouvel An pour les autorités belges.

Récapitulatif des activités officielles de janvier 2013 :

Roi :  4 activités officielles + 14 audiences

Prince Philippe :  8 activités officielles

Princesse Mathilde :  7 activités officielles

Reine Paola :  6 activités officielles

Princesse Astrid :  4 activités officielles

Princesse Claire :  3 activités officielles

Prince Laurent :  1 activité officielle

Prince Lorenz :  1 activité officielle

Reine Fabiola :  0 activité officielle